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Politique

Attaque à la préfecture: ce qu'il faut retenir de l'audition de Castaner devant la Commission des lois de l'Assemblée

Au cours de son audition, le ministre de l'Intérieur a admis l'existence d'une série de dysfonctionnements à corriger.

Cinq jours après l'attaque au couteau de la préfecture de Paris qui a fait quatre morts en plus de l'assaillant, le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, et son secrétaire d'État, Laurent Nuñez, étaient entendus ce mardi en fin de journée par la Commission des lois de l'Assemblée nationale.

Au cours de cette audition de plus de deux heures, plusieurs points majeurs ont été abordés, dont la radicalisation au sein de la police ainsi que le suivi des effectifs, et celui de l'assaillant, Mickäel Harpon, en particulier.

  • Des dysfonctionnements mis en lumière

Cible des critiques depuis plusieurs jours, une partie de l'opposition appelant à sa démission, Christophe Castaner a reconnu des "dysfonctionnements" dans la détection de la radicalisation de Mickaël Harpon. Il a par exemple cité l'exemple du mariage de l'assaillant, qui aurait du faire l'objet d'un nouveau contrôle, ce qui n'a pas été le cas. 

"Quand on fait une habilitation (pour accéder au secret défense), on fait l'environnement, donc on fait la famille, donc on fait le conjoint. L'auteur s'est marié en 2014, et cela n'a pas déclenché de nouveau contrôle", a-t-il déclaré.

"Ca n'était pas inconnu mais, de ce que nous savons, il n'y a pas eu de contrôle. Est-ce que ça aurait changé quelque chose? Je ne sais pas, mais c'est un dysfonctionnement parmi ceux qu'on peut noter au moment où je vous parle", a-t-il ajouté.

Il est également revenu sur le "signalement informel potentiel en juillet 2015, quelques mois après un commentaire de l'assaillant sur l'attentat de Charlie Hebdo", qui aurait déclaré "c'est bien fait" à deux collègues.

"Il semble, d'après les éléments dont me fait part la directrice du Renseignement de la préfecture de police, que ce témoignage n'a pas été formalisé et n'est pas parvenu au bon niveau hiérarchique. (...) Si c'est le cas, c'est un dysfonctionnement sérieux, c'est une faille grave", a-t-il estimé: "L'information n'a pas franchi le pas qui permettait de déclencher ce qui aurait dû être déclenché". Aucune trace écrite de ce signalement n'a en effet été découverte. 

  • Des signalements automatiquement consignés

Afin d'écarter tous risques, Christophe Castaner a indiqué devant les députés qu'à partir de maintenant, il existerait un "signalement automatique" dans le cas des alertes liées à la radicalisation islamiste. 

Désormais, "les signalements seront consignés à l'écrit", a fait savoir Christophe Castaner, soulignant que "globalement dans ce service, il a avait le sentiment qu'aucune alerte n'était nécessaire" et qu'après l'attaque, ses collègues "ont mis en avant l'absence de difficultés et le comportement normal" du suspect. 

Car pour lui, "ce qui était considéré comme un non-signal, doit être considéré comme un signal faible." 

Christophe Castaner a également souligné que "globalement dans ce service, il a avait le sentiment qu'aucune alerte n'était nécessaire" et qu'après l'attaque, ses collègues "ont mis en avant l'absence de difficultés et le comportement normal" du suspect. 

  • Des policiers sous surveillance 

Interrogé sur la question de la radicalisation au sein des forces de l'ordre, il a évoqué "une quarantaine d'individus radicalisés au sein de la police, et suivis par une cellule spécifique au sein de la DGPN".

"Pour tous les cas où le risque de radicalisation a été caractérisé de façon suffisante, ces agents ont été écartés", a-t-il affirmé. "La moitié sont partis. Il reste 19 ou 20 cas qui sont suivis attentivement, sur lesquels les signaux sont des signaux faibles qui ne caractérisent aucune anomalie pénale mais font l'objet d'une attention particulière", a-t-il ajouté. 

Son secrétaire d'Etat Laurent Nuñez a précisé que cette vingtaine de personnes "ne sont pas des individus radicalisés". "Ce sont des individus qui ont présenté un signe qui n'est pas caractéristique d'une radicalisation mais suscite une pression particulière."

Hugo Septier