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Arrêté anti-burkini suspendu: la droite s'indigne, la gauche applaudit timidement

La classe politique se déchaîne, à droite, contre la décision du Conseil d'Etat de suspendre l'arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet.

La classe politique se déchaîne, à droite, contre la décision du Conseil d'Etat de suspendre l'arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet. - AFP

A peine l'arrêté anti-burkini de Villeneuve-Loubet suspendu par le Conseil d'Etat ce vendredi, la droite a demandé quasi-unanimement de "légiférer" pour interdire le vêtement contesté. La gauche, de son côté, exprime un timide soulagement.

Cette décision était très attendue. Le Conseil d'Etat a suspendu vendredi l'arrêté anti-burkini pris par la commune de Villeneuve-Loubet (Côte d'Azur) et souligné avec insistance que toute interdiction de ces tenues de bain islamiques très couvrantes devait s'appuyer sur des "risques avérés" pour l'ordre public.

Cette décision qui devrait faire jurisprudence, a aussitôt soulevé, sans surprise, une levée de boucliers à droite.

La droite demande une loi...

"On ne peut pas laisser gagner ceux qui provoquent la République", s'emporte Eric Ciotti, futur porte-parole de campagne de Nicolas Sarkozy.

Comme lui, une pléiade d'élus de droite - Eric Woerth, Jean-François Copé, Thierry Solère, Christian Estrosi Nicolas Dupont-Aignan - ont aussitôt appelé, comme l'a proposé Nicolas Sarkozy jeudi soir, à légiférer sur la question. "On voit bien que l'état du droit n'est pas adapté aux circonstances", peste Eric Woerth, secrétaire général du parti Les Républicains. 

A peine l'arrêté anti-burkini suspendu, ce ne sont pas moins de trois élus LR qui ont promis de déposer très prochainement une proposition de loi pour interdire le vêtement controversé:

"Avec Eric Ciotti, nous allons préparer une proposition de loi pour sécuriser les décisions des maires interdisant le burkini", a réagi Guillaume Larrivé, député LR de l'Yonne sur BFMTV. Une proposition similaire formulée quelques instants plus tard, toujours sur BFMTV, par le député-maire LR de Meaux Jean-François Copé.

Pour rappel, avant l'ex chef de l'Etat et l'ancien ministre du Budget, seul le Front national avait, jusque là, demandé une loi pour interdire le port du burkini. Les cadres du FN ont, logiquement, réitéré leur appel, comme Florian Philippot, vice-président du parti, pour qui "il n'est pas possible que les islamistes puissent crier victoire". 

Dans un communiqué, Marine Le Pen demande au "législateur de prendre ses responsabilités". "La balle est donc dès ce soir dans le camp du législateur français, qui doit faire voter au plus vite une loi d'extension de la loi de 2004 à l'école, pour bannir les signes religieux ostensibles dans l'espace public", exhorte la patronne du FN.

... et cible Manuel Valls

Mais la droite a aussi affûté ses couteaux en ciblant directement le Premier ministre, plutôt isolé dans son propre camp sur la question du burkini, en s'étant publiquement positionné en faveur de l'interdiction du vêtement. "Manuel Valls laisse les maires seuls face au problème burkini. En refusant de légiférer il laisse le Conseil d'état décider", regrette Thierry Solère, député LR des Hauts-de-Seine.

"J'ai écrit à Manuel Valls pour que l'Etat prenne ses responsabilités pour lutter contre le communautarisme. J'attends la réponse de Manuel Valls", abonde Christian Estrosi, le président LR de la région PACA.

A gauche, un timide soulagement

Pour l'heure, quelques rares élus de gauche ont fait par de leur soulagement, comme le porte-parole du Parti socialiste et ex-frondeur Razzy Hammadi, qui a espéré, sur BFMTV, que cette décision allait "clore tout simplement cette mauvaise polémique, ce qui n’enlève rien au droit de débattre, de discuter, d’échanger". Le Conseil d'Etat "s’est exprimé en droit et il faut maintenant respecter cette décision rapidement", a ajouté le député de Seine-Saint-Denis.

Pour Sébastien Denaja, député PS de l'Hérault, "une loi serait contraire à la Constitution". Le député socialiste Yann Galut, lui, estime que cette décision "confirme que l'affaire du Burkini est une opération politicienne montée de toute pièce par la droite dure et malheureusement soutenue par Manuel Valls".

Esther Benbassa, sénatrice écologiste du Val-de-Marne s'est réjouie de la décision du Conseil d'Etat. Habituée aux prises de positions sur le port du voile et l'islam en France, elle a estimé que "ce sont des femmes qui veulent vivre d'une manière moderne en se baignant sur les plages avec les autres tout en faisant une synthèse avec leurs traditions religieuses". Ian Brossat, adjoint PCF à la maire de Pairis, veut croire, lui, en la fin du "délire" autour du burkini. 

De son côté, le maire socialiste du village Corse de Sisco, Ange-Pierre Vivoni, a annoncé sur BFMTV qu'il allait saisir le tribunal administratif pour "faire confirmer" son arrêté anti-burkini, pris au lendemain de la violente rixe qui a éclaté sur une crique de sa commune.

C. P.