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Affaire Boulin: un témoin clé met à mal la thèse du suicide

Rapidement, la thèse officielle est celle d'un suicide de Robert Boulin.

Rapidement, la thèse officielle est celle d'un suicide de Robert Boulin. - Georges Bendrihem - Archives - AFP

Le ministre Robert Boulin s'est-il vraiment suicidé? La thèse officielle est mise à mal 36 ans après la mort du ministre du Travail. Notamment grâce au témoignage du premier médecin urgentiste à être intervenu sur les lieux.

Selon la version officielle, il se serait noyé dans 50 centimètres d'eau le 30 octobre 1979. Robert Boulin, alors ministre du Travail du gouvernement de Raymond Barre, s'est suicidé en forêt de Rambouillet en absorbant des barbituriques avant de s'immerger dans l'étang Rompu. Une thèse, maintes fois critiquée et pointée du doigt, que vient mettre en doute un témoin de taille: le premier médecin a être intervenu le jour du drame.

Un noyé... avec la tête hors de l'eau

Recueilli par France Inter, le témoignage de ce médecin urgentiste sème le trouble. C'est la première fois qu'il est officiellement entendu par la justice qui a rouvert l'enquête à l'automne 2015. Réanimateur au SMUR auprès des pompiers de Rambouillet, l'homme est appelé dans la forêt pour "rechercher une personnalité en danger". Trente minutes plus tard, à 8h40, il reçoit un nouvel appel. La personnalité "en danger" a été retrouvée.

Lorsqu'il arrive sur les lieux de la découverte macabre, l'urgentiste ne sait pas qui est la victime, et seuls deux gendarmes sont déjà présents sur place. Selon ses souvenirs, le corps flotte "dans un coin de l’étang, où il y a de la vase, "où ce n'est pas profond du tout". Et pour l'urgentiste, immédiatement, quelque chose cloche.

"Tout de suite, ce qui nous a sauté à l’idée, c’est qu’il était dans l’eau, mais pas dans la position d’un noyé, explique-t-il. Il était à quatre pattes, un bras en l’air et un autre vers le bas. (…) A priori, il devait être mort avant. Un pompier a même fait la remarque: 'Tiens, on a l’impression qu’on l’a apporté dans une malle.'(…) Il était presque à genoux. (...) Ça, c’était très bizarre. Un noyé aurait été à plat sur l’eau." 

Ce qui frappe encore plus le médecin, c'est la position de la tête de celui dont il ignore encore l'identité. Alors que la thèse officielle concluera plus tard à la noyade, le témoin, capital pour l'enquête, n'y croit pas. Et pour cause, il affirme que le visage du ministre n'était pas immergé.

"Normalement, les noyés ont le visage dans l’eau. Son visage n’était pas totalement hors de l’eau, mais aux quatre cinquièmes hors de l’eau, précise le médecin. Sa tête était un peu sur le côté, le visage tourné vers la berge."

Des ecchymoses et une "bosse" dans le dos

Outre la position du corps et du visage de Robert Boulin, le premier intervenant est aussi marqué par l'état dans lequel se trouve la victime. Il évoque des "ecchymoses sur le visage", des "éraflures" et surtout, "le dos un peu bizarre". Et le médecin d'évoquer "une bosse de buffle au niveau cervical bas". Des constatation qui font dire au médecin que Robert Boulin "avait été battu".

Ce témoignage ne sera jamais recueilli pendant l'enquête officielle. "Nous n'étions pas les bienvenus" affirme le médecin qui a rapidement senti que l'affaire "sentait le roussi". Peu de temps après la mort de Robert Boulin, ses enfants se sont opposés à la thèse du suicide et mènent depuis un combat pour la vérité. Et la levée des secrets qui entourent l'une des affaires les plus noires de la Vème République.

P.A.