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Accusations de harcèlement: Denis Baupin a-t-il bénéficié du silence de son parti?

Huit femmes livrent un récit accablant des violences sexuelles qu'elles auraient subies de la part du député Denis Beaupin. Certaines accusent les instances d'EELV de n'avoir pas réagi plus tôt.

Agressions, harcèlement, sous-entendus: la liste des accusations portées contre Denis Baupin est longue. Le député écologiste est pointé du doigt par huit femmes dans un scandale sexuel qui éclabousse aussi son ancien parti, Europe Ecologie - Les Verts (EELV). Dans leur enquête, Mediapart et France Inter pointent du doigt les nombreux avertissements que la direction d'EELV avait reçus, en vain.

Sandrine Rousseau, l'une des porte-paroles du parti, est la première à sentir que quelque chose ne tourne pas rond au sein du parti. Alors qu'elle viendrait d'être agressée sexuellement par Denis Baupin en marge d'une réunion publique, elle retourne s'asseoir dans la salle et raconte la scène à son voisin.

Ce dernier, visiblement peu surpris, lui répond: "Ah, il a recommencé".

"Oui, je savais, pas tout"

Une phrase qui traduit l'ambiance au sein du parti quant au problème Denis Baupin. Ainsi Julien Bayou, actuel porte-parole d'EELV, le concède: "Si les faits ont duré aussi longtemps, c'est qu'il y a un problème, bien sûr", indique-t-il sur France Info. "On avait des rumeurs qui circulaient mais rien de précis qui ne permettait de lancer une procédure ou des sanctions", poursuit-il alors sur BFMTV, tout en saluant "le courage des militantes". Cécile Duflot, secrétaire nationale EELV de 2006 à 2012 se rappelle elle aussi des alertes reçues. 

"Rien n'était avéré. Les langues ne se délient pas facilement sur ces sujets. Il y avait une zone de flou sur ces comportements. Quand on en parlait, certains disaient d'ailleurs qu'il ne fallait pas l'accabler parce qu'il avait pris conscience de ses actes et se soignait", raconte l'élue écologiste. 

Les révélations de Mediapart et France Inter sont une libération pour d'autres collègues d'Europe Ecologie - Les Verts. Pour Jean-Sébastien Herpin, secrétaire régional EELV Centre, cette affaire doit être assumée "collectivement" pour aider "d'autres partis à faire le même travail" face aux multiples révélations de sexisme au sein de la classe politique.

"Oui, je savais, pas tout, pas complètement. Autour d’un bon verre de vin, en soirées amicales, tour à tour, des camarades, pour certaines des amies, parlaient, se confiaient et je blêmissais, et je savais que ça tomberait un jour, il fallait que cela tombe, mais comment, que faire, mon silence me rendait coupable. Soutenir ? Parler ?", reconnaît, sur son blog, Jean-Sébastien Herpin.

Cosse mise en cause

De l'avis de plusieurs personnes au sein du parti, le silence entourant les agissements de Denis Baupin est en grande partie dû à sa liaison avec Emmanuelle Cosse. Cette dernière, secrétaire nationale du parti de 2013 à 2016 (elle est ministre du Logement et de l'Habitat durable depuis), Denis Baupin aurait bénéficié de la protection de cette dernière, notamment lors d'une réunion publique sur le sujet.

Yves Contassot, conseiller de Paris, raconte ainsi une réunion au cours de laquelle la question des violences sexuelles au sein du parti est évoquée. Selon lui, c'est Emmanuelle Cosse qui est montée à la tribune pour demander l'arrêt de la discussion:

"C'est Emma Cosse qui a dit : 'stop, j'ai interdit qu'on poursuive ce débat. On réglera ça ailleurs et dans d'autres conditions'" selon toujours selon cette même source.

De Rugy, "stupéfait et meurtri"

Enfin, à la suite de l'article de Mediapart et France Inter, l'une des victimes de Denis Baupin s'est exprimée sur Twitter en réaction à une déclaration de François de Rugy, ancien élu EELV, proche d'Emmanuelle Cosse et Denis Baupin. Alors que ce dernier affirmait, dans un premier temps, qu'il n'avait jamais eu connaissance de ces faits, Elen Debost l'a accusé de mentir:

Cette loi du silence fait d'ailleurs dire à Danielle Auroi, députée EELV et présidente de la commission des affaires européennes de l'Assemblée nationale que "dans cette affaire, par omission, on est tous complices..."

François de Rugy s'est alors exprimé dans un communiqué où il se dit "stupéfait et meurtri". Parlant de son "ami politique", le député de Loire-Atlantique assure n'avoir été mis au courant que d'un seul fait qui selon la victime, une collaboratrice du groupe écologiste à l'Assemblée, ne relevait pas de "harcèlement" mais d'une situation qui la mettait "mal à l'aise".

"Barbara Pompili et moi étions à l’époque coprésidents du groupe écologiste, nous avions bien sûr pris l’affaire très au sérieux et immédiatement réagi. Nous avions demandé à Denis Baupin de cesser ces messages, ce qu'il avait fait et la situation s’était immédiatement apaisée", assure François de Rugy.

Paul Aveline et Justine Chevalier