BFMTV

150.000, 250.000, 500.000... Réduire le nombre de fonctionnaires, classique de la droite en campagne

Au siège du parti Les Républicains (LR), le 19 octobre 2021, à Paris

Au siège du parti Les Républicains (LR), le 19 octobre 2021, à Paris - Ludovic MARIN © 2019 AFP

La baisse du nombre de fonctionnaires est un classique de la droite en campagne. Elle s'est pourtant toujours abstenue de réduire masssivement les effectifs de la fonction publique une fois au pouvoir.

Comme un air de déjà-vu. 150.000 postes de fonctionnaires en moins avant d'annoncer le chiffre de 200.000 pour Valérie Pécresse, 250.000 pour Eric Ciotti... Le futur congrès des LR remet sur le devant de la scène le sujet de la réduction du nombre d'agents publics. Malgré cette offensive, la droite au pouvoir a toujours soigneusement veillé à ne toucher que modérément à la fonction publique.

Tradition à droite

Les candidats à la désignation du champion de la droite mettent leurs pas dans ceux de François Fillon. Lors de la campagne présidentielle de 2017, l'ancien Premier ministre proposait de passer la fonction publique à "la paille de fer" et de supprimer 500.000 postes de fonctionnaires.

L'ancien locataire de Matignon différait lui-même assez peu de Nicolas Sarkozy qui avait promis le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux en 2007.

Le "fonctionnaire bashing" s'explique notamment par le besoin de donner des gages aux électeurs de droite.

"C'est l'un des marqueurs les plus classiques du libéralisme. Comme les candidats LR se réclament de cette tradition, ils veulent donner des gages aux citoyens en voulant baisser le poids de l'Etat pour revenir à l'équilibre budgétaire", explique Luc Rouban, spécialiste de la fonction publique et directeur de recherches à Sciences Po pour BFMTV.com.

"S'attaquer au nombre de fonctionnaires est également plus facile que de décrire concrètement à quelle politique publique on veut s'attaquer, quelle prestation sociale on veut baisser", estime Timothée Delacôte, vice-président de l'association La Cordée, qui défend la mixité sociale dans la fonction publique.

Décalage

Une fois au pouvoir, la volonté de réduire le poids de la sphère publique ne rime pourtant pas toujours avec les actes. Si 150.000 postes ont été supprimés sous l’effet de la révision générale des politiques publiques (RGPP) pendant le mandat de Nicolas Sarkozy, ces coupes doivent être mises en regard des gestes importants en direction des fonctionnaires.

Principales mesures: la titularisation de près de 50.000 contractuels, lancée fin 2011 sous l’égide de François Sauvadet, alors ministre de la Fonction publique, et la hausse du point d’indice chaque année de 2007 à 2010.

"Ces vagues de titularisations sont liées au fait qu’on dit toujours, en campagne électorale, qu’il y a trop de fonctionnaires. Puis, on réalise finalement, en fin de mandature, que de nombreux besoins sont incompressibles et qu’il faut donc titulariser des contractuels", analyse Marc-Olivier Baruch, historien de la fonction publique dans les colonnes de la Gazette des communes.

Des maires qui comptent

Autre frein à la mise en place de telles mesures dans l'avenir: la grogne des maires pendant le quinquennat d'Emmanuel Macron sous l'égide de l'Association des maires de France. Elle est dirigée par François Baroin, ancien ministre du Budget sous Nicolas Sarkozy.

"On voit mal la droite qui a passé ces 5 dernières années à défendre les communes, à mettre en scène la France de la proximité face à la France déconnectée, réduire brusquement le nombre de secrétaires en mairie", tance Luc Rouban.

La crise sanitaire a aussi changé la donne. "Pendant la crise sanitaire, on a encensé les fonctionnaires, les professeurs, les soignants... Je trouve bien audacieux de la part de la droite de proposer qu'ils soient moins nombreux un an et demi après", estime encore Timothée Delacôte.

Preuve que le message infuse à droite, Philippe Juvin, l'un des candidats LR au congrès, a estimé sur CNews que les LR "se sont beaucoup trompés dans le passé sur le service public en jouant un peu le Père Fouettard. C'était une erreur".

Marie-Pierre Bourgeois