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"Vous ne me faites pas peur mon garçon": Michel Fourniret explose en plein procès

Michel Fourniret a bondi dans le box après avoir été poussé par un avocat.

Michel Fourniret a bondi dans le box après avoir été poussé par un avocat. - Benoit Peyrucq - AFP

Au troisième jour de son procès à la cour d'assises de Versailles, Michel Fourniret a été interrogé sur le meurtre de Farida Hammiche. A coups d'absence choisie de "souvenance" sur les faits ou de "vraisemblables" détails, l'ogre des Ardennes n'a rien révélé. Hormis sa colère et sa violence.

Chaque audition de Michel Fourniret dans ce procès devant la cour d'assises de Versailles aura eu la même saveur. Après son interrogatoire de personnalité lors de la première journée des débats, l'ogre des Ardennes était questionné ce jeudi après-midi sur le meurtre de Farida Hammiche en 1988. Comme lors de sa première prise de parole, Fourniret a joué sa partition de vieillard, un peu dur d'oreille et à la mémoire défaillante. Jusqu'au réveil de sa violence.

Il aura fallu l'intervention de Me Didier Seban, avocat de Jean-Pierre Hellegouarch, le mari de la victime, pour faire émerger la face sombre de Michel Fourniret. Les deux hommes se connaissent. En 2008, lors de son procès à Charleville-Mézières, dans les Ardennes, le tueur avait traité le conseil de "petit avocat de merde".

"Doutez donc à votre guise, c'est votre droit. OK! Vous ne me faites pas peur mon garçon! Je vous connais!", lui a-t-il asséné ce jeudi, poussé par l'avocat afin que le tueur livre ses secrets sur ce crime crapuleux, pour récupérer un stock d'or. Un mobile "abject", dira d'ailleurs l'accusé.

"Vous rigolez mon vieux?"

- "Vous salissez tout ce que vous touchez. Qu’est-ce qui est plus important, la vie humaine ou un stock d’or? La vie d’une femme ou récupérer de l’argent?", interroge Me Seban.
- "Vous posez cette question que vous poseriez à quelqu'un d'honorable. Je ne suis pas quelqu'un d'honorable", reconnaît Michel Fourniret.

Si l'accusé a tout avoué, le vol de l'argent, la volonté de s'emparer de l'intégralité du magot, le meurtre de la jeune femme, la tromperie en participant aux recherches pour la retrouver, il reste une question en suspend: où le corps a-t-il été enterré? L'avocat va l'interroger, le pousser, le provoquer en utilisant la carte Monique Olivier, que Michel Fourniret traite d'"idiote", "qui doit être mise sous tutelle", qui n'a pas "d'autonomie propre". Assise à deux mètres de lui dans le box, la co-accusée de 69 ans ne réagit à aucune de ces attaques.

- "Monique, m’obliger à quelque chose? Vous rigolez mon vieux, vous n’êtes pas sérieux!", s'exclame Fourniret. - "Il a fallu que Monique parle pour qu'enfin vous parliez", poursuit l'avocat. - "Je ne nie pas que je suis un agité", répond alors le tueur.

La violence de Fourniret s'exprime

Chauffé par les déclarations de l'avocat, à deux mètres de distance, Michel Fourniret s'agace. Droit, raide dans le box des accusés, il fixe l'avocat qui ne cherche qu'à le faire céder. Le représentant de Jean-Pierre Hellegouarch s'emporte et hausse le ton. Il avance alors le caractère sexuel du meurtre. "Vous avez peur qu'on la découvre nue? Attachée?". Le tueur nie. "Alors pourquoi vous ne nous donnez pas le lieu? Vous le savez depuis le départ. C'est un meurtre spécial, c’est le meurtre de la femme d’un ami."

D'un bond, Michel Fourniret, glaçant, se met à hurler: "SI JE L'AVAIS LE LIEU, JE VOUS LE DIRAIS." 

L'approche plus empathique de Me Yolaine Bancarel, avocate de la famille de Farida Hammiche, ne donnera pas plus de résultats. Le tueur ne dira rien, feignant de ne pas comprendre l'attente des proches de la victime. Michel Fourniret a repris son rôle favori, celui du vieillard touché par les pertes de mémoire et par les absences de "souvenance" sur les faits, expression qu'il a répétée à outrance, ou livrant des événements qui se sont "vraisemblablement" produits. 

"A brûle-pourpoint, honnêtement, à cet instant, je ne le sais pas. Cela dit, le fait d'avoir réactivé peut-être mes méninges (...) Je suis disposé à faire carburer mes quelques méninges pour vous répondre (...) Je ne sais pas ce qui peut en découler (...) Laissez-moi une carte."

Justine Chevalier