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Violences policières: la famille de Cédric Chouviat interpelle Christophe Castaner dans une lettre ouverte

Des images amateur de l'interpellation de Cédric Chouviat, diffusées par la famille de la victime . - BFMTV

Des images amateur de l'interpellation de Cédric Chouviat, diffusées par la famille de la victime . - BFMTV - -

Les proches du chauffeur-livreur mort en janvier dernier après une violente interpellation interpellent Christophe Castaner, dans une lettre publiée ce lundi, afin de demander que des mesures soient prises à l'encontre des policiers mis en cause dans sa mort. La famille réclame aussi l'interdiction de la technique du placage ventral.

La famille de Cédric Chouviat, chauffeur-livreur de 42 ans mort en janvier dernier d'un arrêt cardiaque après une interpellation pour usage de son téléphone en roulant, a adressé un courrier au ministre de l'Intérieur, ce lundi. Dans cette lettre, la famille demande à Christophe Castaner quelles mesures que ce dernier entend prendre à l'encontre des policiers mis en cause dans cette affaire, et elle réclame à nouveau que soit interdite la très controversée technique du placage ventral utilisée lors de son arrestation.

"Nous vous écrivons ce courrier pour vous faire part de notre profond étonnement de constater qu'à notre connaissance aucune étude associant la société civile sur les techniques policières n'a été entreprise en dépit des annonces faites il y a plusieurs mois à la famille de M. Cédric Chouviat", écrivent les proches de la victime. "Et d'autre part pour vous interroger sur les mesures individuelles que vous entendez prendre concernant les policiers impliqués dans son décès".

La famille regrette l'absence de sanctions

La famille de Cédric Chouviat fait référence à sa rencontre avec le ministre de l'Intérieur en janvier dernier, au cours de laquelle Christophe Castaner leur avait promis qu'"une étude d'évaluation de l'ensemble des techniques d'immobilisation" serait lancée. "Or nous n'avons eu aucun écho sur ces travaux, alors que quatre mois se sont écoulés" et que "nous vous avons adressé un courrier le 6 mars 2020 afin de vous rappeler vos propres engagements". Un courrier resté sans réponse, rappelle la famille.

"Depuis, de nouveaux cas sont apparus", soulignent ensuite les proches de Cédric Chouviat dans cette lettre, faisant référence à la mort de Mohamed Gabsi ou encore d'Adama Traoré. "Ces nouvelles informations ne viennent malheureusement que s'ajouter à celles que nous savions déjà et qui étaient en votre possession. Elles confirment la dangerosité de certaines techniques, en particulier le placage ventral, qui malgré tout, restent appliquées. Nous ne pouvons pas le comprendre car des vies sont en jeu", insiste la famille, dont Doria Abdelmalek, la veuve de Cédric Chouviat.

La méthode de l'étranglement abandonnée

"L'absence de suspension à ce jour des policiers laisse à penser que, sous couvert de respecter leur présomption d'innocence - ce qui peut être légitime - l'autorité reconnaît en creux que 'les risques du métier' pourraient être d'entraîner le décès d'un homme par asphyxie", poursuit la famille de Cédric Chouviat, avant d'estimer: 

"Vous en conviendrez, un tel raisonnement est extrêmement dangereux, non seulement parce qu'il potentialise sa réitération, mais que, plus encore, il accrédite l'idée selon laquelle le pouvoir exécutif protège la police en toutes circonstances".

Ce lundi, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a présenté un panel de mesures censées améliorer la déontologie des forces de l'ordre, parmi lesquelles l'abandon de la méthode d'interpellation dite de "l'étranglement". Mais interrogé sur l'éventualité d'interdire aussi le placage au sol, le ministre a dit qu'il préférait évoquer "des techniques qui sont enseignées dans la police et la gendarmerie, et non pas du commentaire".

"Pour interpeller une personne et pour la menotter, il faut la coucher au sol. Vous savez très bien la difficulté de certaines interpellations, et la meilleure façon - y compris pour ne pas la blesser - c'est de la neutraliser au sol et de la menotter", a défendu Christophe Castaner face à la presse. "Par contre il y a une partie des techniques, qui d'après l'expertise, pouvaient faire prendre un risque. Ce sont celles-ci dont je demande qu'elles ne soient plus pratiquées et plus enseignées". 
Sarah Lou Cohen avec Jeanne Bulant