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Valls présente la nouvelle "police des polices"

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, lundi, lors du séminaire présentant la nouvelle IGPN.

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, lundi, lors du séminaire présentant la nouvelle IGPN. - -

A partir de ce lundi, les citoyens victimes ou témoins d'abus des forces de l'ordre peuvent signaler les comportements qu'ils jugent abusifs sur le site Internet du ministère de l'Intérieur. Une mesure qui s'inscrit dans la réforme de l'IGPN.

"Vous estimez être victime ou témoin d'un comportement non compatible avec la fonction de policier, ce formulaire vous permet de le signaler." Les Français peuvent, dès ce lundi, saisir directement en ligne l'Inspection générale de la police nationale (IGPN, la "police des polices") en cas d'abus ou de dérapages des forces de l'ordre. Cette nouvelle possibilité s'inscrit dans le cadre de la réforme de l'IGPN voulue par le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls.

Concrètement, les citoyens pourront signaler l'infraction commise sur le site du ministère de l’intérieur, indique le journal Le Parisien. Il devient possible de remplir un long formulaire, à condition que la personne souhaitant le faire s'identifie: les dénonciations anonymes sont interdites. Il est aussi possible de signaler si l'on détient des enregistrements sonores ou vidéos, des photos, si d’autres témoins étaient sur place…

Une fois la déclaration enregistrée, un "dossier de suivi" est ouvert par l'IGPN, classé par "type d’allégations". Certaines catégories sont nommées "comportement avec le public", "refus de plainte" ou encore "violences illégitimes". Mais le dépôt d’une telle déclaration sur le site de la "police des polices" ne constitue pas en elle-même une plainte.

Etablir les attentes de la population

L'IGPN reçoit chaque année 2.700 déclarations de particuliers, estime sa chef Marie-France Monéger, interrogée dans Le Parisien (article payant). Selon elle, le but du nouveau système est "d’établir une typologie des manquements allégués et donc de ce que la population attend de la police".

La plate-forme, consultée tous les matins, devrait permettre de localiser des zones ou des services fréquemment mis en cause "sans jamais révéler d’informations nominatives sur les fonctionnaires". Les policiers auront des retours sur les déclarations, et pourront se voir proposer une formation, ou être sommés de s’expliquer.

La mise en place de la plate-forme s'inscrit dans le cadre de la réforme de l'IGPN. Annoncée début 2013 par Manuel Valls, elle vise à rapprocher ce service, compétent en province et en grande banlieue parisienne, et l'Inspection générale des services (IGS), dont le ressort est celui de la capitale et de sa proche banlieue.

Les syndicats inquiets

Mais la nouvelle possibilité offerte par la réforme, annoncée en avril dernier par le ministre de l'intérieur, avait inquiété les syndicats de policiers. Jean-Claude Delage, secrétaire général d'Alliance, avait affirmé craindre que la police soit stigmatisée par le processus.

"C'est injustifié et injustifiable", avait pour sa part déclaré Patrice Ribeiro de Synergie, un syndicat d'officiers. Ce lundi au micro de RMC, il indique craindre que le site ne devienne "un défouloir, un aspirateur à nuire à la police nationale".

De son côté, Emmanuel Roux, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale estime que "ce système de contact direct pourrait devenir une sorte d'exemple" pour l'ensemble des forces de l'ordre en France, gendarmerie, polices municipales et douanes incluses.

Pas un "vecteur de délation", pour Valls

Ce lundi, Manuel Valls s'est défendu de la mise en place d'un outil de "délation". "Ce n'est ni un défouloir, ni un vecteur de délation", a-t-il précisé lundi au cours d'un séminaire consacré à la nouvelle IGPN. "Les signalements anonymes ne sont pas pris en compte, et les déclarations délibérément malveillantes seront portées à la connaissance des autorités judiciaires."

Il est difficile de présager du succès de la nouvelle plate-forme. Mais elle devrait peut-être éviter des scandales tels que celui de Joué-les-Tours, provoqué par la diffusion sur internet de la vidéo d'une arrestation musclée.

M. K. avec Cécilia Chaumont