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Une mère mise en examen à Mulhouse pour un quintuple infanticide 

La cellule spéciale d'investigation de la gendarmerie de Mulhouse à l'époque des faits.

La cellule spéciale d'investigation de la gendarmerie de Mulhouse à l'époque des faits. - THOMAS WIRTH / AFP

14 ans après la découverte de quatre corps sans vie de nourrissons près de Mulhouse, un couple a été interpellé après une concordance ADN mardi. Il apparaît désormais que la femme a tué cinq bébés, sans que le père ne le sache. La mère de famille a été mise en examen et écrouée ce jeudi.

Le 21 octobre 2003, dans la forêt de Galfingue, près de Mulhouse, un agriculteur découvrait quatre corps de nourrissons abandonnés sur son terrain dans trois sacs poubelles. 14 ans plus tard, la concordance de l'ADN relevé à l'époque avec celui identifié par les gendarmes après une bagarre entre voisins a conduit à l'arrestation d'un couple, mardi matin à Petit-Landau. Ce jeudi, la femme a été mise en examen et écrouée à Mulhouse car elle est soupçonnée d'avoir mis à mort non pas quatre, mais cinq nouveaux-nés entre le début des années 1990 et 2005, le tout sans que le père des enfants. 

Les enquêteurs pensent ainsi avoir résolu l'"une des plus anciennes affaires non résolues d'infanticide en France". Sylvie H., qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, a été placée jeudi en détention provisoire, à l'issue de 48 heures de garde à vue. Elle "a reconnu l'intégralité de ces faits d'homicide sur ses enfants qui venaient de naître", a précisé lors d'une conférence de presse le procureur de Mulhouse, Dominique Alzéari. Son concubin et ses trois enfants aujourd'hui adultes - âgés de 18 ans, 27 et 32 ans - "n'étaient manifestement absolument pas informés de ce qui s'est passé". Le père est d'ailleurs "très affecté", selon le magistrat.

Une femme "tout à fait insérée"

La mère de famille, une employée "tout à fait insérée", a expliqué aux enquêteurs "que ces enfants, elle ne les voulait pas, qu'elle ne vivait pas ces maternités, qu'elle ne les avait pas investies, et lorsqu'elle a accouché - ce sont des grossesses qui sont allées à terme -, elle a décidé de les supprimer". Les faits se seraient étalés sur "une dizaine d'années". La mise en examen n'a pu donner de date précise aux enquêteurs, qui évoquent une "fourchette de temps assez large, entre 1993-95, jusqu'à 2003-2005", selon le procureur.

A chaque fois, la mère dit avoir accouché seule à son domicile, sans témoin. "Ses grossesses ont été visiblement dissimulées", a précisé Dominique Alzeari, soulignant qu'il ne lui appartenait pas de dire si on était là face à un cas de "déni de maternité" - ce point devra être éclairci par l'enquête.

Etranglés avec des cordelettes 

Selon l'autopsie réalisée en 2003, les nourrissons découverts à Galfingue étaient nés viables et au moins deux d'entre eux avaient été étranglés avec des cordelettes retrouvées autour de leur cou. Un cinquième petit corps a été trouvé récemment par les enquêteurs au domicile actuel de la famille, à Petit-Landau, en périphérie de Mulhouse, a précisé le colonel François Desprès, commandant de la section de recherches de gendarmerie de Strasbourg. En conséquence, dans ce dossier, "il y a actuellement cinq victimes recensées, et pas quatre comme nous le croyions au départ", a observé le procureur. 

Une cellule d'investigation, baptisée "Infanticides 68", avait été spécialement créée à l'époque, mais n'était parvenue à obtenir aucun résultat. En 2013, l'avocat de l'association "Enfance majuscule", alors partie civile, avait fait rouvrir le dossier, clos en 2009, dans l'espoir que les progrès scientifiques permettraient une identification. 

Elle a transporté elle-même les corps 

C'est finalement le hasard qui a aidé les enquêteurs à résoudre ce "cold case": en septembre 2016, Sylvie H., son compagnon et son fils aîné ont été impliqués dans une rixe avec des voisins, ce qui a donné lieu à une enquête de gendarmerie. C'est dans ce cadre que leurs empreintes ADN ont été prélevées. Et les enquêteurs ont eu la surprise de découvrir, l'été dernier, que le profil génétique de Sylvie H. correspondait aux prélèvements effectués fin 2003 dans les sacs-poubelle de Galfingue. Lorsque les gendarmes sont venus l'interpeller mardi, la quinquagénaire "a tout de suite compris pourquoi on venait la chercher" et a "presque présenté" ses aveux comme "une délivrance", a raconté Dominique Alzéari. 

La mère de famille dit avoir transporté elle-même les corps des nourrissons dans la forêt de Galfingue

L.N. et R.V. avec AFP