BFMTV

Une majorité de Français sont favorables au rétablissement de la peine de mort

Près de 40 ans après son abolition, 55% des Français se déclarent favorables au rétablissement de la peine capitale. Un record qui cache toutefois un important clivage politique.

L’année prochaine, la France célébrera les 40 ans de l’abolition de la peine de mort. "Le plus grand progrès de l’homme sur lui-même", saluait encore récemment Robert Badinter au cours d’un entretien sur LCI. Mais les Français ne semblent pas partager l’avis de l’ex-Garde des Sceaux. Selon une étude Ipsos/Sopra Steria* publiée lundi pour Le Monde, ils n’ont jamais été aussi favorables au rétablissement de la peine capitale.

Record

Quelque 55% des Français affirment qu'il "faudrait rétablir la peine de mort en France", selon cette étude réalisée pour la 8e année consécutive pour le quotidien Le Monde, la Fondation Jean Jaurès, et l'Institut Montaigne. C’est 11 points de plus par rapport à 2019, un record.

Le sujet reste toutefois "très clivant politiquement", selon l'étude, puisque seuls les sympathisants du Rassemblement national (85%) et des Républicains (71%, +23 points) adhèrent majoritairement à cette affirmation. Elle est en revanche approuvée par une minorité (39%) dans les autres partis.

L’étude note une très forte progression (+31 points sur un an) des partisans de la peine de mort du côté des soutiens des Insoumis et du Parti Communiste Français. Les ouvriers (68%), les employés (60%) et les retraités (55%) approuvent majoritairement cette affirmation, contre 41% des cadres et 40% des professions intermédiaires.

L'émotionnel plus que le rationnel

Si cette opinion semble majoritaire, son rétablissement est aujourd’hui quasiment impossible, souligne notre éditorialiste politique Matthieu Croissandeau, rappelant que "la France est engagée par des traités européens et internationaux sur ce point". Et plus aucun parti politique ne le propose aujourd’hui.

"Le dernier en date était le Rassemblement national, mais Marine Le Pen l’a retiré du programme en 2017 même si elle s’y est déclarée favorable à titre personnel", ajoute-t-il.

"L’abolition est l’un des rares progrès que l’humanité puisse accomplir sur elle-même. C’est d’un des rares témoignages de véritable civilisation. Oui la vie est sacrée, oui c’est le premier des droits de l’homme", a rappelé sur LCI Robert Badinter, qui a été l'artisan de cette abolition lorsqu'il était ministre de la Justice.

Mais "une telle question fait appel à l’émotionnel, pas forcément au rationnel", observe Matthieu Croissandeau.

*Sondage "Fractures françaises”"pour Le Monde par Ipsos-Sopra Steria, en partenariat avec le Centre d’études de la vie politique française (Cevipof), la Fondation Jean-Jaurès et l’Institut Montaigne, réalisé du 1er au 3 septembre auprès de 1.030 personnes âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

Esther Paolini Journaliste BFMTV