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Police-Justice

"Une infraction est une infraction, que qu'en soit l'auteur": des magistrats répondent à Fillon et Le Pen

Les magistrats de l'USM déplorent des attaques "à des fins politiciennes".

Les magistrats de l'USM déplorent des attaques "à des fins politiciennes". - Lionel Bonaventure - AFP

L'Union syndicale des magistrats publie, ce vendredi, une tribune pour se défendre après les attaques répétées à leur encontre par les candidats à la présidentielle empêtrés dans des affaires judiciaires.

L'un se présentera à sa convocation devant un juge d'instruction, l'autre a refusé catégoriquement de se présenter devant la justice. Une chose réunit toutefois François Fillon et Marine Le Pen, ce sont les attaques répétées à l'encontre de l'institution judiciaire alors que les deux candidats à la présidentielle sont empêtrés dans une affaire d'emplois présumés fictifs. Le premier dénonce un "assassinat politique" et parle d'une "justice à charge" quand la seconde attaque "le gouvernement des juges".

Dans une tribune publiée ce vendredi, sur le site France Info, l'Union syndicale des magistrats (USM), principal syndicat de l'institution, répond fermement aux candidats et rappelle son indépendance".

"Les attaques portées contre le corps judiciaire ont atteint, au cours de cette campagne présidentielle, un sommet inédit, au risque de menacer l'Etat de droit", déplore Virginie Duval, qui estime que "l'institution judiciaire est régulièrement accusée de tous les maux".

"Fins politiciennes"

Pour l'USM, il ne fait aucun doute que ces propos virulents à l'encontre de la justice ne se font qu'"à des fins purement politiciennes". "Je rappellerais juste que la loi et la justice sont des biens communs", poursuit Virginie Duval. "La première, à caractère universel, est l'expression de la souveraineté populaire, la seconde est rendue au nom du peuple français." Avant de rappeler simplement comment se déroule une enquête en cas de suspicion d'une infraction, selon le Code pénal et le Code pénal de procédure pénale. 

"L'égalité de tous devant la loi n'est pas un vain principe", insiste la présidente de l'USM.

Certains ont évoqué au début de l'affaire Fillon - voire espéré - une trêve judiciaire pendant la campagne présidentielle. Alors que Jean-Jacques Urvoas, le ministre de la Justice a déjà estimé que "rien ne la justifierait", les magistrats rappellent que "ni la Constitution ni aucune loi ne prévoit -heureusement- ce que d'aucuns nomment une 'trêve judiciaire'". "Une infraction est une infraction, quel qu'en soit l'auteur", précise le texte:

"Comment pourrait-on accepter que des candidats à une quelconque élection soient préservés de toute enquête, du seul fait de leur candidature, s'ils sont soupçonnés d'avoir commis une infraction?", s'interroge l'USM.

"Gesticulations (...) improductives"

Les magistrats retournent ensuite un argument de François Fillon contre lui. "Certes, Marine Le Pen et François Fillon ne sont pas tout à fait des justiciables comme les autres, ironise l'USM. Tous les justiciables ne bénéficient pas d'une immunité parlementaire les protégeant contre toute mesure de contrainte, jusqu'à une éventuelle levée." Il est également déploré que les deux candidats ont "la possibilité de déverser leur vindicte auprès de millions de personnes par le biais de réunions publiques ou d'interventions médiatiques."

Dénonçant des "gesticulations" "éculées" et "improductives", l'Union syndicale des magistrats rappelle son indépendance d'où elle puise sa "légitimité" comme les politiques tire la leur du "suffrage universel". "Il est mortifère pour notre démocratie d'opposer les uns aux autres", regrette l'USM. Et de conclure:

"Au delà de tous ces débats, n'oublions jamais que sans justice et sans séparation des pouvoirs, il n'y a plus ni démocratie, ni République."

Depuis mardi l'institution judiciaire est vent debout contre les accusations de François Fillon, alors qu'un rassemblement de soutien est prévu ce dimanche au Trocadéro à Paris, là où certain voit une manifestation contre les juges. Dans un communiqué aussi lapidaire qu'inédit à l'attention du monde politique, Bertrand Louvel, premier président de la Cour de cassation et Jean-Claude Marin, procureur général de cette même Cour, ont répondu aussi bien aux candidats à la présidentielle ainsi qu'à ceux qui assurent la soutenir.

"La Justice n'encourt pas plus les reproches outranciers qui lui sont faits qu'elle n'a besoin de soutiens d'où qu'ils viennent."

Justine Chevalier