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Une campagne invite les victimes de viol à "parler" pour "se reconstruire"

Collectif féministe contre le viol (CFCV) veut inciter les victimes à sortir du silence. Gilles Lazimi, le médecin coordinateur de la campagne, considère qu'il y a encore beaucoup de clichés à abattre.

"Après un viol, parler c'est commencer à se reconstruire": avec sa campagne, lancée jeudi sur internet et diffusée à la radio à partir de samedi, le Collectif féministe contre le viol (CFCV) veut inciter les victimes à sortir du silence.

Lise, Anna et Mathilde ont été violées. Par leur patron, leur mari ou le frère d'une amie, comme elles le racontent d'une voix âgée dans des spots de 30 secondes. Elles se sont tues pendant 20, 30 ou 40 ans. "Aucune femme ne mérite ça", conclut l'une d'entre elles, les victimes étant invitées à contacter le numéro gratuit 0800 05 95 95 géré par le CFCV, où elles trouveront écoute et accompagnement pour faire valoir leurs droits.

En s'appuyant sur trois témoignages inspirés de faits réels, la campagne réalisée bénévolement par l'agence CLM BBDO et le studio Chez Jean met "l'accent sur la souffrance" aggravée des victimes gardant un viol "pour elles pendant de très longues années".

Plus de 86.000 femmes sont victimes de viol ou tentative de viol chaque année, selon le CFCV. "Près de 80% des agresseurs sont des proches", rappelle la présidente du collectif, Emmanuelle Piet. Seulement 13% des victimes portent plainte et 1% des plaintes conduisent à une condamnation.

"La loi est suffisante en l'état mais elle n'est pas appliquée. C'est le crime le moins puni et donc le plus toléré par la société", regrette Gilles Lazimi, le médecin coordinateur de la campagne.

De nombreux clichés à abattre

Selon un sondage pour l'association Mémoire traumatique et victimologie, les idées fausses sur le sujet toujours tabou du viol restent très largement répandues chez les Français.

Ainsi pour 27% des Français cela atténue la responsabilité du violeur si la victime portait une tenue sexy.

Juger les viols aux assises

Des clichés "toujours inquiétants" et "qu'il faut abattre" pour Gilles Lazimi qui veut néanmoins y voir du positif, assurant que les chiffres auraient été de 75% il y a quarante ans.

Parmi les revendications de l'association figurent une enquête systématique à la suite des plaintes, le jugement des viols exclusivement aux assises (alors qu'ils sont souvent requalifiés en agressions sexuelles, jugées en correctionnelle et passibles de peines moins lourdes) ou encore la prise en charge à 100% des soins pour les victimes.

Gilles Lazimi recommande également une meilleure formation des médecins, juges, et policiers; et "qu'on mette le paquet" sur l'égalité entre hommes et femmes dès l'école.

Accompagnée sur scène de victimes d’agressions sexuelles, la chanteuse américaine Lady Gaga a livré une performance remarquée contre la culture du viol sur les campus universitaires américains lors de la dernière cérémonie des Oscars.

K. L.