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Un crime semblable à ceux des "serial killers": il a tué pour voir "quelles sensations cela procurait"

Le tribunal de Nîmes (image d'illustration)

Le tribunal de Nîmes (image d'illustration) - Pascal Guyot

Un homme de 26 ans est jugé à partir de ce lundi par la cour d'assises du Gard pour avoir tué une femme qu'il avait pris en autostop. Le jeune homme a une dynamique "que l'on retrouve chez les serial killers", selon les expertises menées sur lui.

Tous les acteurs du dossier sont unanimes: ils n'ont jamais eu à faire dans leur carrière à un homme comme celui jugé à partir de ce lundi par la cour d'assises du Gard. Un accusé qui a tué juste pour savoir ce que ça faisait de tuer. Un accusé qui a avoué aux gendarmes être "déçu" que son crime "ne lui ait procuré aucun plaisir". Un accusé qui n'exprime "aucun regret".

Mathieu Danel est jugé pendant deux jours à Nîmes pour ce crime gratuit commis dans la nuit du 19 au 20 juin 2018. Ce jour-là, cet homme, âgé aujourd'hui de 26 ans, circule à bord de son véhicule lorsqu'il croise Claire à Montélimar (Drôme). Cette femme de 39 ans fait de l'autostop pour se rendre dans la région nîmoise. Le jeune homme parcourt avec elle les quelque 150 kilomètres qui le séparent de Sommières où elle veut se rendre.

L'accusé dira aux gendarmes avoir eu depuis des années des "envies de meurtre", "simplement pour savoir quelles sensations cela procurait d'ôter la vie", écrivent les juges d'instruction dans l'ordonnance de mise en accusation.

Sa décision est prise quand ils sortent de la pizzeria où ils se sont arrêtés pour dîner.

Un crime gratuit

Alors quand il se rend dans la soirée en compagnie de Claire dans un champ isolé, à l'abri des regards, quand cette dernière lui refuse une relation sexuelle, et quand Mathieu Danel retourne dans son véhicule, à l'origine pour repartir sans sa compagne de route, et tombe sur cette dague qu'il conserve précieusement, le jeune homme s'en empare et poignarde à 17 reprises sa victime. Pendant son acte, il lui explique qu'il ne faut rien y voir de personnel.

"Il y a une incompréhension totale pour mes clients", confirme Me Anthony Chabert, l'avocat du père, de la mère et des nièces de la victime, joint par BFMTV.com. "Le fait que ce crime soit gratuit rend la chose plus difficile à admettre."

Tout au long de l'instruction, Mathieu Danel est resté constant dans ses déclarations. Aux premiers enquêteurs, auxquels il est venu confesser son acte deux jours plus tard, il a expliqué que le fait de tuer ne lui avait procuré aucun plaisir, qu'il avait trouvé cela "neutre". Au juge d'instruction qui le met en examen, il a assuré qu'il était nécessaire pour lui de passer à l'acte, estimant qu'"on ne peut pas savoir si on aime un plat avant d'y avoir goûté". Jamais il n'a éprouvé des regrets.

Pis, "il était cependant déçu que son geste ne lui ait procuré aucun plaisir", écrit un gendarme qui a auditionné l'accusé. "Il aurait été prêt à recommencer si cela avait été le cas."

La dynamique d'un "serial killer"

Mathieu Danel a subi trois expertises psychologiques et psychiatriques. Froid, mégalomaniaque, avec une attitude figée, neutre d'un point de vue des émotions, le jeune homme observe une dynamique "que l'on retrouve chez les serial killers". Notamment car il place son acte avant la souffrance infligée à sa victime et à sa famille. "Cet acte est pour lui une réalisation, une marque de sa singularité constituant une réalisation, voire une œuvre", écrit l'un des experts. "Il existe une réémergence de le faire à nouveau qui s'inscrit dans le système motivationnel des serial killers."

"Quand un serial killer tue pour la première fois, ils ne savent pas qu'ils vont tuer à nouveau", commente Jean-Luc Ployé, expert devant les tribunaux et auteur de L'approche du mal (éd. Grasset). "Dans la tête des serial killers. Ils éprouvent un tel shoot, ils ressentent une toute puissance totale. Le fait de tuer cicatrise leur blessure narcissique."

Originaire de Montélimar, Mathieu Danel, dont les troubles psychiatriques ont été exclus, a suivi une scolarité classique. Mention assez bien au bac, études secondaires achevées prématurément, le jeune homme était considéré comme un espoir par sa famille.

"Il était en échec sentimental, en échec scolaire, il va s'enfermer dans un milieu marginal", explique son avocat Me Jérôme Arnal. "Il cherchait un moyen d'échapper à une vie qui, selon lui, n'est pas au niveau de ce qu'il attend. Cela ne justifie pas son geste mais permet d'essayer de comprendre."

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV