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Un ancien indic de la police accuse l'office des stups de complicité avec des trafiquants de drogue

C'est un témoignage inédit. Celui d'un ancien indic de la police qui dénonce les méthodes de l'office de lutte contre les stupéfiants. Ses accusations ont donné lieu à l'ouverture d'une enquête. Il a choisi BFMTV pour raconter son histoire.

Un homme de l'ombre aujourd'hui en pleine lumière. Hubert Avoine a travaillé comme informateur de la brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants jusqu'en 2013.

"Pendant six ans, mon rôle a été de pénétrer les réseaux, d'identifier les intermédiaires, de recueillir des informations et de les transmettre. Pour qui? Pour quoi? Je l'ignorais et je n'avais pas à le savoir, persuadé que cela contribuait à un combat juste et nécessaire", présente-t-il dans son livre à paraître ce jeudi.

Des dizaines de valises de cannabis

Il affirme avoir infiltré les réseaux des plus gros narcotrafiquants. Dans son ouvrage, L'Infiltré, il dénonce les méthodes de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants.

Son contact était alors François Thierry, l'ex-patron de la lutte antidrogue depuis muté à la sous-direction antiterroriste, placé en garde à vue ce mercredi matin dans l'affaire. En mars 2015, il lui demande de se rendre à Estapona, en Andalousie, à la pointe sud de l'Espagne, pour surveiller une villa. Pendant vingt jours, Hubert Avoine affirme avoir vu cinq policiers français en civil décharger dans cette maison des dizaines de valises contenant du cannabis.

"Du cannabis qui est déchargé avec des policiers français et en grande quantité. Nous parlons de tonnes, pas de 50 kilos", témoigne-t-il pour BFMTV.

32.000 euros en petites coupures

Qu'est devenue cette drogue? A-t-elle été saisie par la police ou a-t-elle été vendue par les trafiquants en toute impunité? Quels rôles ont joué ces policiers en Espagne? Dans quel cadre travaillaient-ils? Ce sont les questions qu'Hubert Avoine pose au patron de l'office à son retour en France. Il ne lui fournit alors aucune explication mais lui remet une enveloppe.

"32.000 euros à l'intérieur, l'essentiel en petites coupures. Pour cela, je n'ai jamais signé ni de reçu, ni quoi que ce soit. À partir du moment où vous êtes capable de donner à quelqu'un qui normalement travaille avec et pour la République française de l'argent qui vient de toute évidence ou a priori du trafic - ou sinon je ne sais pas d'où mais je doute que c'était de ses économies personnelles - ça veut dire que vous avez une relation avec les gains du trafic."

L'entourage de François Thierry dément formellement les accusations d'Hubert Avoine, décrit comme un mythomane. La justice a pourtant estimé il y a six mois que son témoignage était suffisamment sérieux pour ouvrir une information judiciaire.

"Un système qui contribuait au trafic de drogue"

Selon une enquête de Libération, "François Thierry, aurait facilité l'importation en France de plusieurs dizaines de tonnes de cannabis avec la complicité d'un des plus gros trafiquants européens". Pour l'instant, ni l'ancien patron de l'office antidrogue, ni les policiers avec qui Hubert Avoine a travaillé ne sont poursuivis dans ce dossier.

"Je n'avais aucune raison de m'inquiéter quant à la légalité de ces opérations. Mais au fil des mois, le doute s'est épaissi et la méfiance a fini par s'installer, raconte-t-il dans son livre. J'étais devenu complice d'un système qui, au prétexte de lutter contre le trafic de drogue, contribuait à sa diffusion massive."

Céline Hussonnois-Alaya avec Sarah-Lou Cohen