BFMTV

Trois ans après l'attentat de Nice, il pourrait ne pas y avoir de procès pour terrorisme

Des passants regardent des fleurs et bougies déposées en mémoire des victimes de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, le 15 octobre suivant. (Photo d'illustration)

Des passants regardent des fleurs et bougies déposées en mémoire des victimes de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, le 15 octobre suivant. (Photo d'illustration) - Anne-Christine Poujoulat - AFP

Alors que les Niçois commémorent ce dimanche l'attaque au camion-bélier qui a fait 86 morts le 14 juillet 2016, BFMTV.com fait le point sur les deux enquêtes en cours pour l'attentat, dont l'une où huit personnes sont mises en examen.

86 morts, 206 blessés et 1360 personnes traumatisées. Le nombre de personnes touchées par l'attentat de Nice, le 14 juillet 2016, donne le vertige. Et pourtant les individus encore vivants et pouvant apporter des réponses aux victimes et à leurs proches pourraient ne pas être jugés pour terrorisme, devant une cour d'assises spéciale, d'après des informations de France Inter et L'Express. Les preuves seraient actuellement insuffisantes à l'encontre des huit mis en examen. 

Aucune preuve de lien direct avec Daesh

Les membres de la Sous-direction antiterroriste de la police judiciaire en charge de l'enquête depuis trois ans doivent faire face à une difficulté majeure: l'auteur présumé de l'attaque au camion-bélier, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, a été abattu par les forces de l'ordre. Bien que l'attentat ait été revendiqué par Daesh, aucune preuve de lien direct avec l'organisation terroriste n'a depuis été retrouvée.

Les policiers ont donc dû se contenter de la mise en examen de huit complices présumés. Un neuvième homme mis en examen s'est suicidé alors qu'il se trouvait en détention provisoire, en juin 2018.

Demande de statut de témoin assisté

Parmi eux, Chokri Chafroud a été mis en examen pour complicité d'assassinats en bande organisée et participation à une association de malfaiteurs terroriste. Soupçonné d'avoir été le mentor de Lahouaiej-Bouhlel, il a récemment fait une demande de placement sous statut de témoin assisté, pour laquelle son avocat assure "qu'il n'existe pas d'indices graves ou concordants justifiant que Monsieur Chafroud reste mis en examen", selon L'Express. La demande a été refusée alors même qu'elle avait été soutenue par plusieurs avocats de parties civiles, signe que les charges à son encontre sont bien minces.

Si les enquêteurs échouent à trouver des preuves du caractère terroriste de leur complicité, la justice pourrait alors envisager de juger les huit mis en examen devant un tribunal correctionnel. Elle écarterait de fait la cour d'assises spéciale, qui avait notamment jugé Abdelkader Merah, le frère des tueries de Toulouse et Montauban.

Adrien Guihal, "clé" de l'enquête ?

Il reste néanmoins une carte à jouer aux enquêteurs: celle d'Adrien Guihal, l'une des voix françaises présumées de Daesh, justement dans la revendication de l'attentat de Nice. Arrêté par les forces démocratiques kurdes en mai 2018, ce Français de 35 ans pourrait bientôt être transféré en France où il est visé par un mandat d'arrêt dans le cadre d'une information judiciaire ouverte en juin 2015.

Suspecté d'être l'une des voix françaises de Daesh, Adrien Guihal est détenu depuis mai 2018 par les forces démocratiques syriennes.
Suspecté d'être l'une des voix françaises de Daesh, Adrien Guihal est détenu depuis mai 2018 par les forces démocratiques syriennes. © AFP PHOTO / HO / SYRIAN DEMOCRATIC FORCES (SDF)

Le maire de Nice, Christian Estrosi a récemment estimé au micro de Franceinfo que l'individu pourrait être une "clé" permettant de faire "avancer l'enquête" de l'attentat de la promenade des Anglais. L'édile a d'ailleurs demandé "avec insistance" au parquet antiterroriste d'organiser un interrogatoire le plus rapidement possible:

"Il est du devoir de vérité pour les familles pour la ville de Nice (...) qu'on avance maintenant très rapidement et sans doute il y a une clé sur la connaissance de cet attentat qui passe par Adrien Guihal", a-t-il indiqué.

Des possibles confidences d'un jihadiste "repenti"

Un second jihadiste français pourrait également bientôt être entendu par les enquêteurs, Jonathan Geoffroy ou Abou Ibrahim. Ce Toulousain de 36 ans se présente comme un "repenti" depuis qu'il a été capturé par l'Armée syrienne libre (ASL) et livré à la France.

Mis en examen pour association de malfaiteur terroriste, ce dernier s'est depuis largement épanché auprès de la DGSI sur son passé dans les rangs de Daesh, notamment aux côtés des frères Clain.

Lors de ses interrogatoires, L'Express rapporte qu'il aurait critiqué la méthode utilisée par Lahouaiej-Bouhlel, à savoir le camion-bélier. Le représentant de l'association française des victimes du terrorisme (AFVT), maître Antoine Casubolo espère donc que ce dernier sera auditionné, afin de comprendre s'il a pu avoir connaissance de l'attaque des Promenades des Anglais, mais aussi d'établir un éventuel lien entre le chauffeur et l'organisation terroriste.

Une seconde enquête pour "homicide et blessures involontaires"

Une seconde enquête sur le volet sécurité le jour de l'attentat est également toujours en cours. La justice cherche à savoir si des manquements ont été commis ce soir-là de la part de la préfecture ou la mairie, qui auraient permis d'éviter l'attentat.

À la suite du dépôt de plainte de 150 parties civiles, une enquête pour "homicide et blessures involontaires" a été ouverte. D'après Le Figaro, l’ancien préfet des Alpes-Maritimes Adolphe Colrat ou Christian Estrosi ont été auditionnés. Elle n'a pas débouché, à l'heure actuelle, sur des mises en examen.

Esther Paolini