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Trappes: Marine Le Pen s'en prend au préfet des Yvelines, Gérald Darmanin prend sa défense

Sur France 2 jeudi soir, la leader du Rassemblement national s'en est pris au préfet des Yvelines, qui aurait selon elle "abandonné" le professeur de philosophie Didier Lemaire, qui se dit victime de menaces. Gérald Darmanin a déclaré que le représentant de l'État avait "toute sa confiance".

Le cri d’alerte lancé par un professeur de philosophie de Trappes contre la menace islamiste dans sa ville n’en finit pas de faire débat. Sur le plateau de l’émission Vous avez la parole sur France 2 jeudi soir, Marine Le Pen et Gérald Darmanin se sont écharpés sur les prétendus propos tenus par le préfet des Yvelines sur la question et pour lesquels ce dernier a depuis apporté un démenti.

Mettre de l’huile sur le feu

Depuis une semaine, ce professeur, Didier Lemaire, explique dans les médias faire l'objet "de propos haineux" dans sa ville, des "attaques" qui, selon lui, sont une manière de le désigner "comme une cible", depuis la publication dans L'Obs le 1er novembre d'une lettre ouverte dans laquelle il dénonçait "l'absence de stratégie de l'État pour vaincre l'islamisme".

Le quotidien Le Monde a interrogé élus locaux et représentants de l’État sur l’alerte donnée par l’enseignant. Le maire Ali Rabeh (maire Génération.s) a dénoncé les "mensonges" de Didier Lemaire, qui selon lui joue à "un jeu dangereux au nom de ses convictions politiques." De son côté, le préfet des Yvelines Jean-Jacques Brot aurait dénoncé des "outrances et certaines inexactitudes" du professeur qui "met de l’huile sur le feu."

"Trappes est un terrain difficile et délicat, nous faisons de la dentelle et voilà que Monsieur Lemaire arrive avec un bulldozer et saccage nos efforts", aurait également affirmé le préfet.

"Une hiérarchie qui ne veut pas de vague"

Pour Marine Le Pen, cette position est le symbole d’un abandon d'un fonctionnaire par l’État:

"Je trouve ça très grave, c’est une démonstration de l’abandon par l’État d’un fonctionnaire qui vient dire 'je suis menacé' comme Samuel Paty l’a été avant d’être assassiné", s’inquiète la présidente du Rassemblement national, avant de poursuivre:

"Plutôt que d’avoir le soutien du préfet, il est renvoyé à être presque accusé d’être le responsable du trouble à l’ordre public. (...) La réalité c’est que dans l’Éducation nationale, les professeurs sont bien souvent abandonnés par une hiérarchie qui ne veut pas de vague. Lorsqu’ils viennent se plaindre d’être confronté à des revendications islamistes, à des menaces, lorsqu’ils s’auto-censurent (...), ils ne sont pas soutenus."

Un démenti du préfet

"Attaquer des agents publics qui ne sont pas sur ce plateau, c’est assez bas", a déploré le ministre de l’Intérieur. Le locataire de la place Beauvau a tenu à rappeler que le préfet avait depuis apporté un démenti des propos rapportés dans Le Monde. Dans un communiqué diffusé mercredi matin, Jean-Jacques Brot affirme en effet que ses déclarations ont fait "l’objet d’interprétations pour certaines malveillantes".

"J’ai voulu affirmer (...) que compte tenu de la gravité de la situation, il me paraissait contreproductif de tenir des propos définitifs laissant à penser que la bataille contre le séparatisme était perdue dans ce territoire. (...) Il me paraissait également contreproductif de sembler stigmatiser les 32.000 habitants de cette ville."

"Ce communiqué de presse est extrêmement républicain, le préfet des Yvelines a toute ma confiance", a réagi Gérald Darmanin. Ce dernier a souligné que l’enseignant de philosophie bénéficiait déjà d'une protection policière et que depuis jeudi, celle-ci a été confiée au Service de la protection (SDLP), chargé de la protection des dirigeants et des personnalités menacées.

La menace est donc prise au sérieux, assure Gérald Darmanin. "Toute personne doit pouvoir dénoncer, si elle se sent victime, notamment des attaques islamistes." Face au "déni" des autorités locales, l’enseignant a fait savoir dans les colonnes du Figaro qu’il comptait quitter l’Éducation nationale. "Je prends acte de l’impossibilité d’enseigner, tout en menant le combat qui est le mien", a-t-il indiqué.

Esther Paolini Journaliste BFMTV