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Trafics de stupéfiants: à Marseille, les têtes de réseaux recrutent des dealers saisonniers

Le temps d'un été, des dealers saisonniers migrent vers Marseille, recrutés pour quelques jours par des têtes de réseaux. Un phénomène nouveau qui illustre le "fonctionnement d'usine" des trafics de stupéfiants, selon Rudy Manna, policier depuis 23 ans, aujourd’hui représentant syndical.

"En matière de trafic de stup, les jeunes savent innover". Derrière ce sarcasme, un constat: alors que certains décident d’animer des colonies de vacances ou de surveiller les baignades durant la période estivale, d’autres optent pour un job d’été un peu plus atypique, en dealant de la drogue. Depuis un an, à l’heure des grandes vacances, la police de Marseille observe dans les cités de la ville une nouvelle valse de vendeurs venant majoritairement de Grenoble, Saint-Etienne et Seine-Saint-Denis.

"Les têtes de réseaux recrutent des jeunes par Snapchat et les font travailler dans leurs cités pour 15 jours généralement", explique à BFMTV.com Rudy Manna, policier depuis 23 ans, aujourd’hui secrétaire départemental du syndicat de police Alliance dans les Bouches-du-Rhône.

Selon nos informations, les jeunes - qui ne sont pas des novices dans le trafic de stupéfiants - sont sélectionnés par groupes de quatre, récupérés à la gare Saint-Charles puis placés dans la cité, deux par deux, en tant que "chouf"(guetteur) et charbonneur (vendeur).

Logés, nourris, blanchis

"Ils sont logés dans un appartement de la cité où ils travaillent, et nourris pendant la durée de leur 'contrat'. Les têtes de réseaux les paient en liquide. Avec ce job d’été, pas de chèques vacances", ironise Rudy Manna. 

L’été, l’afflux de touristes dans la cité phocéenne attire ces jeunes dealers venus d’ailleurs et dont la ville d’origine est désertée par les vacanciers. Ils sont une aubaine pour les têtes de réseaux de la cité phocéenne qui ont besoin de main d'oeuvre afin de répondre au pic de demandes saisonnier. "On constate effectivement une augmentation des deals durant la saison estivale avec les flux touristiques", reconnaît auprès de BFMTV.com la préfecture de police des Bouches-du-Rhône.

"Les trafics fonctionnent comme des usines"

Les jeunes dealers profitent ainsi de la croissance constante des trafics de cannabis, cocaïne et héroïne. D'après une note du ministère de l’Intérieur, dévoilée en avril par Le Parisien, les faits constatés de vente de cannabis ont augmenté de 7,7% entre 2017 et 2018 (223.986 faits et 198.116 mis en cause). En un an, 115 tonnes de cannabis ont été saisies, une augmentation de 31% par rapport à l’année précédente. En 2017, le montant des gains des trafiquants saisis s’est élevé à plus de 62 millions d’euros.

"Aujourd’hui, les réseaux de trafic de drogue fonctionnent comme des usines. Les patrons gèrent leur quartier, décident de qui peut y entrer ou non, dépeint Rudy Manna. Si on entre dans la cité sans avoir été adoubé, ça se sait tout de suite et on a de fortes chances d’en être extrait un peu violemment", ajoute-t-il.

C’est ce qui est arrivé à un adolescent de 16 ans, enfui du foyer dans lequel il avait été placé à Chartres pour dealer de la drogue dans les quartiers marseillais. Mi-août, il a été retrouvé torturé et séquestré dans une cave de la cité Félix-Pyat. Son erreur: avoir voulu charbonner en free-lance, nous indique le policier syndiqué. "Les patrons de la drogue n’ont pas apprécié la concurrence", commente Rudy Manna. En matière de trafic de stupéfiants, le territoire ne se partage pas.

Ambre Lepoivre