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Saint-Etienne-du-Rouvray: qui est Adel Bouaoun, compagnon de radicalisation d'Adel Kermiche

Adel Kermiche a été abattu par les hommes du Raid.

Adel Kermiche a été abattu par les hommes du Raid. - AFP

Adel Bouaoun, 26 ans, a rejoint la Syrie en 2015 avec la carte d'identité d'Adel Kermiche, l'un des deux auteurs de l'attaque de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Seine-Maritime. Les deux hommes se connaissaient. Son petit frère se trouve toujours en garde à vue.

Qui a entraîné l'autre sur la voie de la radicalisation? Comment des jeunes hommes sombrent dans l'embrigadement islamiste? C'est à ces questions que les enquêteurs tentent de répondre, deux jours après l'attaque dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, au cours de laquelle le père Jacques Hamel a été assassiné. Dès mars 2015, Adel Kermiche, l'un des terroristes, et Adel Bouaoun avaient tenté de rejoindre la Syrie. Le premier avait été arrêté à temps, le second s'y trouve toujours.

A cette époque, les deux jeunes hommes viennent tout juste de faire connaissance. Ils se sont rencontrés devant la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray, rapporte Le Monde. La scène se passe en février 2015. Rapidement, le plus jeune, Kermiche, semble être entraîné par le plus âgé, Bouaoun. "J’ai fini par avoir le même mode de pensée que lui, il s’est collé sur moi", avait expliqué le premier aux enquêteurs. 

Radicalisation fulgurante

Adel Kermiche est entendu le 20 mars 2015. Adel Bouaoun vient de rejoindre la Syrie en empruntant les papiers de son nouveau "frère". "Il m’a retourné le cerveau, enfin, on s’est retourné le cerveau ensemble", poursuit celui qui est encore mineur, selon des propos rapportés par une source proche de l'enquête citée par Le Monde. Trois jours plus tard, lui aussi tente de rallier la Syrie avant d'être rattrapé à Munich, en Allemagne. Il déclare plus tard que Bouaoun lui a fourni l'itinéraire. 

"Il m’a dit que c’était mieux, beaucoup mieux qu’ici où il n’y a pas de travail, que c’était plus facile là-bas", raconte alors Adel Kermiche.

Si la soeur du tueur de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray confirme cette radicalisation express, les proches de Bouaoun estiment que Kermiche a été l'élément moteur. "Kermiche l’avait rencontré dans une mosquée quelques mois avant son départ. Il lui a donné sa carte d’identité pour qu’il parte en Syrie", explique la mère d'Abel Bouaoun à Libération. Une version confirmée par Kamel Aït Bessai. "C'est à partir de sa rencontre avec lui qu'Adel Bouaoun a changé. Ça s'est fait du jour au lendemain", confie au Parisien le vice-président de l'association locale Pass 276.

Tentative de contact

Si l'homme, dont le comportement aurait changé après l'attentat contre Charlie Hebdo, se fait passer pour un religieux, Bouaoun traîne beaucoup. "Il achetait de la vodka qu'il buvait pure, puis pétait les plombs", raconte un jeune homme qui l'a connu. "Une autre fois, il gueulait qu'il fallait faire le jihad". Adel Bouaoun serait à Raqqa et donnerait des nouvelles à sa famille tous les deux ou trois mois.

En mars 2016, il tente de recontacter Adel Kermiche. Sur sa page Facebook, il publie comme message: "Si quelqu’un a des nouvelles du frère Adel Kermiche de Saint-Etienne-du-Rouvray". Ce dernier est alors emprisonné à Fleury-Mérogis, avant d'être libéré le 18 mars sous contrôle judiciaire.

Depuis mardi, le jeune frère de 16 ans d'Adel Bouaoun se trouve en garde à vue. "Les profils des terroristes sont en train de changer, n’importe quel âge, n’importe quel milieu social", analyse Dominique Rizet. Le spécialiste police-justice de BFMTV poursuit: "Comment peut-on imaginer que des jeunes hommes à peine sortis de l'adolescence vont pouvoir commettre un acte aussi déterminé?" Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean ont égorgé le père Jacques Hamel, filmé leur crime, bloqué les portes de l'église avant de se jeter, munis d'un couteau, sur les hommes de la BRI. "D'où leur vient cette détermination?", s'interroge encore Dominique Rizet.

J.C.