BFMTV

Magnanville: comment Larossi Abballa a dupé les autorités

Larossi Abballa, le jeune homme de 25 ans qui a tué un couple de policiers lundi soir à Magnanville, dans les Yvelines, avait été condamné en 2013 pour participation à une filière jihadiste. Depuis quatre mois, il était sur écoute. Comment a-t-il pu passer entre les mailles de la police?

Le meurtrier de Jean-Baptiste Salvaing, capitaine de police au commissariat des Mureaux, et Jessica Schneider, secrétaire administrative au commissariat de Mantes-la-Jolie, est-il passé entre les mailles de la police? Les deux fonctionnaires ont été tués à l'arme blanche, lundi soir à Magnanville, dans les Yvelines, par Larossi Abballa, âgé de 25 ans. Le tueur s'était réclamé de l'organisation jihadiste Daesh avant d'être abattu au cours d'un assaut mené par le RAID.

A peine majeur, il se fait connaître des services de police aux Mureaux, où il vit: recel, conduite sans permis, vol avec effraction - le profil type d'un petit délinquant. Jusqu'à l'âge de 20 ans, où il tombe pour association de malfaiteurs en vue de commettre des actes terroristes.

Condamné à trois ans de prison

Avant les meurtres de Magnanville, Larossi Abballa était en effet connu des services de renseignement. En 2013, il avait été condamné à trois ans de prison, dont six mois avec sursis, pour participation à une filière jihadiste avec le Pakistan. Sur les huit prévenus présents, il écope de la peine la moins lourde.

"Lui n'est pas un des principaux acteurs, il est un acteur mineur de cette entreprise terroriste, mais il est en lien avec des personnes qui mènent l'organisation et organisent le départ vers le Pakistan", analyse Dominique Rizet, consultant police pour BFMTV.

Du prosélytisme en prison

Lors de son incarcération dans une prison du Val-d'Oise, les surveillants le repèrent, il fait du prosélytisme.

"Il a été identifié par les personnels de surveillance en charge de son observation ainsi que par les services de renseignement pénitentiaire comme un leader religieux au niveau d'un bâtiment. Pour éviter qu'il puisse prendre beaucoup trop d'influence sur le restant de la population pénale et de diffuser sa propagande, il a été affecté dans un autre établissement pénitentiaire," explique David Besson, secrétaire général adjoint du syndicat Ufap-Unsa justice, pour BFMTV.

"C'était quelqu'un de très gentil"

Larossi Abballa ne se fait plus remarquer. A sa sortie, après deux ans et demi de détention, il retrouve sa famille à Mantes-la-Jolie et monte une petite entreprise de restauration à domicile.

"C'était le sauveur du soir, il me livrait souvent, on discutait un peu, se souvient Ayub, un de ses jeunes clients réguliers, pour BFMTV. Il était gentil. Des fois on n'avait pas assez pour manger, il nous arrangeait. C'était vraiment quelqu'un de très gentil. Dans son comportement, jamais je n'aurais soupçonné que c'était quelqu'un de radicalisé."

Une stratégie de dissimulation ?

Dans les mois qui suivent sa remise en liberté, le jeune homme se conforme à toutes les obligations de son sursis. "Il a toujours justifié de sa résidence et de son activité professionnelle comme le jugement lui en faisait l'obligation", a rappelé le procureur de la République de Paris François Molins.

Larossi Abballa semble se fondre dans le paysage, sans que l'on sache pour l'instant s'il a appliqué une stratégie pour préparer des actes terroristes.

Le 26 mai, sa page Facebook change

Sur les réseaux sociaux, tout laisse penser qu'il s'est réinséré.

"C'était quelqu'un de lambda qui faisait de la promotion pour son commerce, qui mettait des photos de ses copains, il avait l'air d"être assez fier de ce qu'il faisait, indique Claire Andrieux, journaliste police-justice pour RMC. Mais le 26 mai, on ne sait pas ce qu'il se passe, il change sa photo de profil et met un fond noir. Et à partir de là, il ne poste plus que des liens d'articles complotistes et antisémites."

Sur écoute depuis quatre mois

C'est à ce moment-là que le jeune homme prête allégeance au chef de l'Etat islamique. Tout semble s'accélérer en quelques semaines, la police ne remarque rien. Les autorités ont-elles manqué une ultime occasion de l'arrêter? Le nom d'Abballa est réapparu cette année dans le cadre d'une enquête liée au départ d'un de ses proches en Syrie. Des écoutes téléphoniques menées depuis quatre mois sur l'un de ses trois téléphones portables n'avaient rien donné.

La perquisition de son appartement n'a rien donné non plus: ni armes ni explosifs n'ont été retrouvés. Une liste de cibles, comprenant des rappeurs, journalistes et policiers, a été retrouvée sur les lieux du drame.

C.H.A.