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Les psychiatres peuvent-ils vraiment participer à la lutte contre le terrorisme?

Les psychiatres s'opposent à cette mesure. (Image d'illustration)

Les psychiatres s'opposent à cette mesure. (Image d'illustration) - AFP

La semaine dernière, le ministre de l'Intérieur annonçait vouloir que les psychiatres collaborent avec les services de police afin de repérer les individus susceptibles de se radicaliser et les potentiels passages à l'acte.

Mobiliser les psychiatres pour lutter contre le terrorisme. C'est l'idée défendue par le ministre de l'Intérieur au lendemain de deux attaques menées par des déséquilibrés empruntant des modes d'action terroristes, notamment en utilisant une voiture-bélier. Le 14 août dernier, un homme avait foncé sur la terrasse d'une pizzeria à Sept-Sorts, en Seine-et-Marne, tuant une jeune fille de 12 ans. Lundi, la scène se reproduisait à Marseille quand un homme a foncé avec son véhicule sur deux abribus. Là encore, une femme a perdu la vie. A chaque fois, la thèse terroriste a été écartée.

La Place Beauvau a d'ores et déjà lancé une concertation avec le ministère de la Santé pour mettre en place une collaboration entre services de police et psychiatres en hôpitaux et médecins libéraux. "Un certain nombre d’esprits faibles qui voient ce qu’il s’est passé veulent passer à l’acte pour imiter, déplore Gérard Collomb sur BFMTV et RMC. Ça, c'est grave et c'est ce contre quoi il faut se prémunir."

"Nous ne voulons pas faire cela dans notre coin, nous allons en parler avec les médecins, avec les psychiatres de manière à trouver le juste équilibre", poursuit-il.

Phénomène d'imitation

Ces individus, dans un phénomène d'imitation, passent plus facilement à l'acte après des attentats. "Les attaques à la voiture-bélier, après Barcelone, Nice et Londres, ont un retentissement médiatique important, analyse Samuel Lepastier, psychiatre et psychanalyste. Donc c'est aussi un moyen d'accéder à la notoriété en très peu de temps." Une triste série d'attaque à la voiture-bélier qui a débuté avec l'attaque de Nice, véritable "caisse de résonance mondiale", selon le psychologue Jean-Pierre Bouchard.

Et la menace serait belle et bien réelle. Parmi les personnes figurant sur le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste, "près d'un tiers présente des troubles d'ordre psychologique", assure le ministre de l'Intérieur. Un chiffre qui fait réagir le monde médical. "C'est un chiffre impressionnant mais encore faudrait-il que l’on définisse clairement ce qu’on entend par 'difficultés psychologiques'(...)", met en garde sur BFMTV Marc Masson, psychiatre.

Et de poursuivre: "Il faut éviter de faire une équivalence trop rapide entre des pathologies médicales d'une part et d'autres part des troubles du développement psychologique liés à une certaine carence."

Secret médical

Plus largement, ces troubles psychologiques nécessiteraient un accompagnement médical mais aussi sur le champ éducatif et sociologique. "Je crois qu’il est important de distinguer ce qui relève de difficultés psychologiques, d’immaturité psycho-affective présentée par de jeunes adultes qui peuvent être vulnérables et facilement enrôlables dans des mouvements de radicalisation, de passages à l’acte isolés, esseulés de personnes souffrant possiblement de troubles psychiatriques", analyse le spécialiste, qui estime que "les pathologies mentales, à elles-seules, ne peuvent pas expliquer les phénomènes de radicalisation et les actes qui en découlent".

Outre le fait que le lien entre terrorisme et maladies mentales n'a pas été avéré, les médecins craignent le développement d'une situation caricaturale qui consisterait à penser que tout malade mental est un terroriste en puissance, avertit Jean-Claude Penochet, psychiatre honoraire des hôpitaux et expert auprès de la cour d'appel de Montpellier. Les médecins opposent également à cette collaboration la défense du secret médical. "Le psychiatre n'a pas vocation à collaborer avec le ministère de l'Intérieur, a rappelé sur RMC David Gourion, psychiatre libéral à Paris. Ce n'est pas son rôle. Nous sommes des médecins et pas des collègues des policiers".

J.C.