BFMTV

Jihadistes français en Syrie, quel danger pour la France?

Un rebelle marchant dans les ruines de banlieue de Damas, le 25 mai 2013.

Un rebelle marchant dans les ruines de banlieue de Damas, le 25 mai 2013. - -

Plus d'une centaine de jihadistes français serait actuellement en Syrie, en transit ou de retour en France. Quelle menace représentent-ils?

La Syrie est-elle le nouveau terrain d'entraînement du jihad international? La question préoccupe en tout cas les gouvernements européens, qui s'inquiètent de ce que certains de leurs ressortissants reviennent radicalisés de leur séjour dans le pays.

Le vendredi 7 juin, les ministres de l'Intérieur de sept pays européens, dont la France et la Belgique, doivent ainsi se réunir pour évoquer la lutte contre le terrorisme en Syrie. BFMTV.com fait le point sur ces jihadistes et sur la façon dont ils sont surveillés.

> La Syrie est-elle le nouveau terrain d'entraînement du jihadisme international?

Pour François Heisbourg, auteur de Le terrorisme en France aujourd'hui, la Syrie présente un avantage pour les jihadistes, car elle est "très facile d'accès". "Il suffit de prendre l'avion pour Beyrouth ou pour la Turquie, puis de passer la frontière sans difficulté, souligne-t-il. C'est plus facile d'accès que ne l'était l'Irak du temps des Américains, l'Afghanistan, ou la Tchétchénie.

"Il est facile de se rendre en Syrie sans faire l'objet d'un contrôle au départ", indique aussi Louis Caprioti, ancien responsable de la lutte anti-terroriste à la Direction de la sûreté du territoire. Dans l'espace Schengen, on se déplace librement. Il est donc possible de gagner la Syrie via l'Espagne, l'Autriche, puis la Turquie, sans laisser de traces.

Qui sont ces jihadistes?

Ces personnes sont d'autant plus difficiles à repérer et à surveiller qu'ils "ne présentent pas un profil homogène" selon Manuel Valls, qui s'exprimait dans Libération le 29 mai dernier. "Certains sont des jeunes en quête de repères, d'autres des jihadistes en puissance ou avérés", précisait ainsi le ministre de l'Intérieur.

Selon Le Monde, "primo-croyants, autoradicalisation, petite délinquance", jeunes entre 20 et 35 ans en quête identitaire figurent parmi les profils examinés. Même si, pour François Heisbourg "il ne faut pas se fier au profil" et "il n'y a rien de tel qu'un converti pour passer à travers toutes les mailles du profilage".

> Combien sont-ils?

"Il y a déjà presque un millier d'Européens qui sont allés combattre ou qui sont revenus de Syrie", estime Louis Caprioli pour qui, ce chiffre est "inquiétant et préoccupant".

Selon Le Monde, qui relaie des chiffres de la DCRI et de la DGSE, "de 180 à 200 personnes" se sont rendues sur le sol syrien pour se battre. Manuel Valls détaille, lui, dans Libération: "outre les 50 Français encore sur place et les 40 en transit pour la Syrie, les 30 autres revenus dans l'Hexagone sont sous haute surveillance".

> Qui les surveille?

"La surveillance est réalisée par la Direction centrale du renseignement Intérieur (DCRI), en collaboration avec la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et aussi avec les services alliés, en Turquie et en Jordanie, qui sont des lieux de passage priviliégiés", précise Louis Caprioli.

Ces services donnent ainsi une "photographie de la mouvance jihadiste qui se déplace en Syrie en passant par la Turquie".

> De quels moyens d'action dispose-t-on pour prévenir les risques de terrorisme?

Pour Louis Caprioli, la difficulté c'est de disposer d'informations concernant leur activité, afin de pouvoir ouvrir une enquête judiciaire. "Le seul fait de se rendre en Syrie ne constitue pas une infraction. Il faudrait des preuves que cette personne a combattu, a tué des gens", explique-t-il.

"Et puis la France se trouve dans une situation délicate, condamnant d'un côté le régime de Bachar al-Assad et apportant de l'autre son soutien à l'armée syrienne libre. Beaucoup de gens qui vont combattre en Syrie ne rejoignent pas l'armée syrienne libre, explique Louis Caprioli, mais les groupes jihadistes, en particulier le Front Al-Nosra (NDLR organisation classée comme terroriste par l'ONU)".

"Dès leur retour en France, ces personnes sont placées sous surveillance physique, écoutes techniques. En fonction des éléments recueillis, on ouvre une enquête judiciaire. Faute de preuves, on dispose de l'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, mais c'est assez faible. Au niveau législatif, on est mal armés pour répondre à ces nouveaux jihadistes, qui vont sur des terres de jihad aussi soutenues par les Européens", estime Louis Caprioli.

"Le travail consiste à empêcher que ces gens, à leur retour sur le territoire, ne passent pas à l'acte parce qu'ils se sont radicalisés en Syrie, où ils ont appris les techniques terroristes, analyse l'ancien responsable de la DST. Il faut que le dossier soit solide pour que la justice puisse interpeller les gens. Pour lutter contre cette éventuelle menace, les pouvoirs publics se trouvent dans une situation difficile".

A LIRE AUSSI:

>> Le web, nouveau champ de bataille antiterroriste

Magali Rangin