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Attentats: que faire des corps des trois terroristes?

L'inhumation des frères Kouachi et d'Amedy Coulibaly suscite déjà la polémique en France.

L'inhumation des frères Kouachi et d'Amedy Coulibaly suscite déjà la polémique en France. - Police nationale ; montage BFMTV

Alors que les hommages et les funérailles des 17 victimes des attentats terroristes des derniers jours s'enchaînent cette semaine, la délicate question de l'inhumation des frères Kouachi et d'Amedy Coulibaly suscite déjà la polémique. Pourtant, la loi est stricte.

C'est un sujet des plus délicats. Alors qu’une série d’hommages se déroule toute la semaine au moment où sont progressivement enterrées les 17 victimes des attentats terroristes des derniers jours en France, se pose la question suivante: que faire des corps des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, auteurs des attaques sanglantes qui viennent de traumatiser la France?

Tout comme ce fut le cas avec Mohamed Merah en 2012, l’inhumation de ces terroristes, qui doit intervenir très prochainement, risque de soulever des polémiques. Les trois jihadistes, indépendamment des actes commis de leur vivant, disposent des mêmes droits que quiconque à être enterré selon des règles bien précises. Pour autant, les municipalités susceptibles d’accueillir leurs dépouilles ne souhaitent évidemment pas voir leurs sépultures se transformer en stèles du souvenir pour les jihadistes et leurs soutiens. Auront-elles toutefois le choix?

Où sont les cadavres actuellement et que dit la loi?

A l’heure actuelle, les dépouilles des trois assassins sont gardées à l’institut médico-légal du 12e arrondissement de Paris, selon Europe1. Elles y resteront "le temps de l’enquête", a précisé la mairie de Dammartin-en-Goële, en Seine-et-Marne, où ont été abattus les frères Kouachi, contactée par le Figaro.fr.

Que dit la loi française à ce sujet? En temps normal, un mort doit être enterré au minimum 24 heures après son décès, et au maximum six jours après. Mais il existe, comme dans le cas présent, des circonstances particulières dans lesquelles un préfet peut décider d’accorder un délai supplémentaire.

Quant au lieu de l’inhumation, il y a plusieurs possibilités. Le défunt peut être enterré dans la commune de sa résidence, ou dans la ville où a été constaté le décès. Dans ces deux cas de figure, le choix appartient à la famille, et les municipalités doivent s’y plier. Il est aussi possible de faire une demande pour être accueilli dans un cimetière particulier, mais la commune concernée est libre de refuser sans justification.

Les frères Kouachi à Reims et Gennevilliers, ou à Dammartin-en-Goële?

Concernant Chérif et Saïd Kouachi, les terroristes qui ont décimé Charlie Hebdo, le premier habitait Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, tandis que son frère résidait à Reims, dans la Marne. Au vu des règles édictées, ils pourraient donc être enterrés là-bas ou à Dammartin-en-Goële, là où les forces de l'ordre les ont abattus.

Horrifiée par cette dernière perspective, la mairie de cette petite ville de 8.000 habitants espère échapper à cette solution, mais obéira s’il le faut. Mais cette possibilité a été écartée par Me Antoine Flasaquier, l’avocat de la compagne de Saïd Kouachi, qui s’exprimait auprès du Figaro.fr. "Ce serait une insulte pour les gens du coin", a-t-il assuré.

Interrogées par plusieurs médias, les municipalités de Gennevilliers et de Reims ont déclaré quant à elles que la question n’avait pas encore été soulevée.

Même incertitude pour Amedy Coulibaly

Quant au tueur de Montrouge et du supermarché casher de la porte de Vincennes, à Paris, l’interrogation est la même. Amedy Coulibaly résidait à Fontenay-aux-Roses, son cadavre pourrait donc être accueilli là-bas ou à Paris. Si cette petite commune des Hauts-de-Seine se dit prête à enterrer le terroriste si elle "n’a pas le choix", elle affirme également, selon Europe1, n’avoir reçu aucune demande en ce sens. De son côté, la mairie de Paris a verrouillé toute communication sur ce sujet.

Deux autres cas de figure peuvent être rencontrés. Si un caveau familial existe et qu’une place a été "réservée à l’avance", un corps peut être inhumé auprès de ses proches, d’où qu’il vienne. Or, ce n’est le cas ni pour les frères Kouachi, ni pour Amedy Coulibaly.

Il reste la possibilité d’être enterré à l’étranger, selon des modalités propre à chaque pays. C’est d’ailleurs ce qui avait fait tant polémique en mars 2012 quand la mère de Mohamed Merah, "le tueur au scooter", avait demandé à ce que son fils soit inhumé en Algérie. Ce que l'Etat avait finalement refusé au dernier moment.

Une présence policière pour rendre une tombe anonyme

Ne souhaitant pas ajouter une nouvelle polémique à l’époque, l’ex-président de la République Nicolas Sarkozy avait alors insisté auprès du maire de Toulouse, qui ne voulait absolument pas de ce cadavre sans sa circonscription, pour qu’il accepte finalement d’enterrer Mohamed Merah dans sa commune.

Des funérailles qui s’étaient déroulées très rapidement, sous haute tension, notamment surveillées par un hélicoptère de la police. Car dans certaines situations sensibles, et ce sera très certainement de nouveau le cas avec les trois terroristes de ces derniers jours, un maire peut requérir une présence policière devant un cimetière. L'objectif? Faire qu'une tombe devienne totalement anonyme.

https://twitter.com/jmaccaud Jérémy Maccaud Chef d'édition BFMTV