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Attentat de Nice: le mail qui contredit les accusations de Sandra Bertin

La policière qui accuse l'Intérieur de "pressions" maintient ses accusations, contredites par le mail dans lequel elle a envoyé son rapport.

La policière qui accuse l'Intérieur de "pressions" maintient ses accusations, contredites par le mail dans lequel elle a envoyé son rapport. - Valéry Hache - AFP

Alors que Sandra Bertin, la policière municipale en charge de la vidéosurveillance à Nice, explique avoir eu affaire à deux personnes présentées comme liées à l'Intérieur, un document contredit cette hypothèse. Le mail dans lequel elle a envoyé le fameux rapport, pour lequel elle dit avoir été "harcelée", n'a pas été adressé à des membres du ministère.

Nouveau rebondissement dans l'affaire qui oppose le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, à Sandra Bertin, la policière municipale en charge de la vidéosurveillance à Nice. Dans une interview au JDD publiée dimanche, la fonctionnaire expliquait avoir reçu des pressions de la part de deux personnes qui se seraient présentées comme envoyées par l'Intérieur. Mais un document indique ce lundi que les deux personnes n'avaient pas de lien avec le ministère.

Le 15 juillet, au lendemain de l'attentat qui a fait 84 morts, deux personnes auraient "harcelé" Sandra Bertin, dont l'une par téléphone, afin de l'influencer dans l'écriture de son rapport, qui compilait la chronologie des événements advenus la veille, à partir des images de vidéosurveillance captées sur la promenade Des Anglais. Face à ces accusations, Bernard Cazeneuve a porté plainte dimanche pour diffamation. Mais la policière a maintenu ses accusations, annonçant qu'elle allait révéler l'identité de la personne qui l'aurait appelée à de très nombreuses reprises ce jour-là.

Le mail ne contient aucune adresse liée à l'Intérieur

Le mail dans lequel elle a envoyé son fameux rapport, et que BFMTV a pu consulter, ne contient cependant aucune adresse liée au ministère de l'Intérieur. Outre la hiérarchie de la policière niçoise, le rapport est destiné à une commissaire de police de la Direction Centrale de la Sécurité Publique (Dcsp).

Cela corrobore les déclarations faites dimanche par le directeur général de la police nationale, qui expliquait lors d'une conférence de presse que l'écriture et l'envoi de ce rapport, pour des besoins internes à la police, constituait une remontée "classique" d'informations.

Son avocat n'exclut pas qu'une des deux personnes ait menti

L'avocat de Sandra Bertin a réagi lundi à ces révélations, pour rappeler la bonne foi de sa cliente: "Aujourd'hui, je ne vous dis pas, et on ne vous a jamais dit, que cette personne appartenait au cabinet du ministère, mais qu'elle s'était présentée comme appartenant au cabinet du ministère", a insisté le conseil de Sandra Bertin. 

"Si (...) la personne qui était au bout du fil était effectivement un commissaire de police d'un état-major qui n'appartenait pas au cabinet, ça voudrait dire que cette personne a également menti sur sa qualité et a également utilisé une qualification qui n'était pas la sienne, ce qui serait encore plus grave", a commenté maître Adrien Verrier.

Un signalement et de possibles poursuites

Dans la journée de lundi, encore, l'avocat a déposé un signalement auprès du procureur de la République à Nice sur la base de l'article 40 du code de procédure pénale, qui invite tout fonctionnaire à signaler "sans délai" tout crime ou délit dont il aurait connaissance.

Et d'après l'avocat, il y a lieu de parler de d'infraction: "Nous avons considéré que les faits, témoignages à l'appui, étaient visiblement constitués sur le plan d'infractions pénales pouvant entraîner des poursuites", a-t-il déclaré à la presse à sa sortie du tribunal de Nice. Sandra Bertin a affirmé dimanche que plusieurs témoins avaient assisté à la scène, et qu'elle transmettrait également leur identité à la justice. 

"Le procureur dispose de tous les noms et tous les faits relatés et qui ressortent des déclarations de Sandra Bertin et de toutes les personnes qui étaient autour d'elle et qui ont assisté à cette conversation et à cette pression psychologique dont elle parle, qui a duré environ une heure le 15 juillet", a insisté l'avocat.

Charlie Vandekerkhove avec AFP