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Sven Mary, "l'avocat du diable" à la défense de Salah Abdeslam

Sven Mary est considéré comme l'un des meilleurs avocats en Belgique.

Sven Mary est considéré comme l'un des meilleurs avocats en Belgique. - Emmanuel Dunand - AFP

Après avoir renoncé une première fois à défendre le seul survivant des commandos du 13-Novembre, le pénaliste belge est aux côtés de Salah Abdeslam jugé depuis ce lundi pour la fusillade de Forest qui s'est déroulée le 15 mars 2016 dans la banlieue de Bruxelles.

Il était aux alentours de 8h15 quand il a fait son entrée au tribunal de Bruxelles, scruté par les centaines de journalistes présents dans le périmètre du palais de justice archi-bouclé. Sven Mary arrive pour l'un des procès les plus attendus de cette année, celui de la fusillade de Forest lors duquel Salah Abdeslam comparaît. Quatre heures plus tard, il ressort encadré par une meute de journalistes. L'avocat vient de s'entretenir quelques minutes avec son client, rien ne fuitera de cet échange.

Le nom de Sven Mary dans le dossier des attentats du 13-Novembre et de ceux de Zaventem et Bruxelles est apparu aux premières heures de l'arrestation de Salah Abdeslam, le 18 mars 2016. Le pénaliste belge, habitué à se faire l'avocat du diable, accepte de défendre l'ennemi public numéro 1, recherché par toutes les polices européennes, depuis les attaques de Paris qui ont fait 130 morts. "Moi, ce qui me motive, c’est de lutter contre l’arbitraire et l’abus de pouvoir", expliquait à l'époque Sven Mary au quotidien Le Soir. "Et là, on est en plein dedans."

"Vous vous souvenez de ces conférences de presse données, en direct, par le parquet fédéral dans les jours, et même les nuits, qui ont suivi les attentats de Paris?", poursuivait-il. "Moi, elle m’a écœuré cette façon de surfer sur la peur pour obtenir encore plus de pouvoir."

"Le roi de l'évasion" et "le tueur du fou de Liège"

Né à Uccle, commune bilingue de Bruxelles, Sven Mary était loin de se destiner à une carrière d'avocat. Adolescent, il intègre les prestigieuses équipes d'Anderlecht, club de football renommé de la capitale belge. Mais une blessure va contrarier son destin de footballeur. L'aîné d'une fratrie de trois enfants va se tourner vers le droit. Non sans mal. Il sera recalé à deux reprises avant de réussir le concours.

"J’ai choisi mon métier et ma discipline, le droit pénal, en toute connaissance de cause", confiait-il à la Libre Belgique. "J’assume mes choix." 

Sven Mary, crâne rasé et allure de gangster, défend alors ceux qui lui "demandent de l'aide". Surnommé "l'avocat des crapules", le pénaliste s'est frotté à de nombreux criminels: la famille Aquino, à la tête de l'un des plus gros réseaux d'importation de drogue en Belgique, Michel Lelièvre, l'homme à tout faire du pédophile Marc Dutroux, Kapllan Murat, dit "le roi de l'évasion" ou encore Nordine Amarani, qui deviendra "le tueur fou de Liège". Le pénaliste connait également le monde de l'islamisme radical et du jihadisme en défendant, en janvier 2016, Fouad Belkacem, le chef de la filière terroriste Sharia4Belgium.

Ces dossiers le font alors figurer dans le classement "des dix meilleurs avocats pénalistes" réalisé par le média belge La Capitale, en 2014. Spécialiste de la procédure, Sven Mary a-t-il des limites? "Chacun a droit à une défense, mais il y a des causes que je n’aurais pas pu assumer, comme la défense des nazis, mon grand-père ayant été déporté", expliquait-il en 2016 à Libération. Idem pour "les négationnistes, les racistes, les fascistes".

Les "emmerdes" du dossier Abdeslam

Au lendemain de l'arrestation de Salah Abdeslam, le 18 mars 2016, Sven Mary s'empare du dossier. En France, il va s'associer à un ténor du barreau lillois, Frank Berton. Il racontera, selon les versions, que c'est l'un de ses confrères qui lui a transmis le dossier, ou que la famille du terroriste présumé l'a contacté. "J’ai des idées personnelles qu’on ne m’enlèvera pas de la tête et les attentats de Paris m’ont révulsé mais mon travail consiste à défendre les personnes qui me demandent de l’aide", rappelait-il à l'époque. Rapidement, l'ampleur du dossier prend le pas.

"Un dossier comme celui-là, ça change la vie", rapporte l'avocat à L'Express. Il raconte aussi à la presse les "emmerdes" que lui apporte cette défense, lui qui a dû escorter plusieurs fois ces filles à l'école.

Mary et le "petit con de Molenbeek"

Sven Mary va lâcher une première fois l'affaire. Après avoir provoqué un tollé en qualifiant Salah Abdeslam de "petit con de Molenbeek issu de la petite criminalité, plutôt un suiveur qu’un meneur" - une stratégie de défense, expliquera-t-il - il renonce le 11 octobre 2016 à défendre le Franco-marocain.

"Salah Abdeslam ne collabore plus", justifiait l'avocat dans une interview accordée à L'Obs. Le 13 décembre dernier, le pénaliste revient aux affaires: le frère du terroriste présumé convainc ce dernier de se faire représenter. Sven Mary obtient un report pour préparer la défense de l'unique survivant des commandos du 13-Novembre. Pour le moment, l'avocat a fait savoir qu''il ne s'était engagé auprès de ce client que pour le procès qui doit se tenir jusqu'à vendredi à Bruxelles.

Justine Chevalier