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Suicide dans la gendarmerie: la famille de Myriam Sakhri réclame une nouvelle enquête

La famille de Myriam Sakhri a manifesté mercredi dernier devant le tribunal de Lyon.

La famille de Myriam Sakhri a manifesté mercredi dernier devant le tribunal de Lyon. - AFP

En 2011, la gendarme Myriam Sakhri est retrouvée morte d'une balle dans le foie dans son logement de la caserne de Lyon. L'enquête menée par l'Inspection générale de la gendarmerie nationale a conclu à un suicide. Une thèse que réfute la famille de la jeune femme, qui la dit victime de pressions de ses supérieurs.

"Il faut que l'enquête reparte sur des bases saines, il faut une enquête impartiale et indépendante." Me Basson-Larbi n'en démord pas: les investigations sur la mort de Myriam Sakhri, une gendarme à Lyon, en 2011, n'ont pas conduites à la vérité. Et il compte le faire savoir. Après s'être rassemblés devant le tribunal de Lyon la semaine dernière, les proches de la victime, par le biais de leur avocat, réclament désormais la réouverture de l'enquête.

Le 24 septembre 2011, la gendarme Myriam Sakhri, 32 ans, est retrouvée morte dans son logement de la caserne Delfosse. Une mort par balle dans le foie, avec une trajectoire descendante. Aux côtés de son corps, un morceau de papier est retrouvé. Sur celui-ci est inscrit un mot: "Merci à G., le connard". Pour la défense, il s'agit clairement d'une mention accusant le supérieur hiérarchique de la jeune femme. 

"Simulacre"

A l'époque, l'enquête sur cette mort est confiée à l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN). Le service conclut à un suicide pour "des raisons personnelles". Une thèse qui ne convainc pas du tout la famille de la Myriam Sakhri, à commencer par sa soeur et son beau-frère Farida et Gérard Piégay. La veille de sa mort, la gendarme leur avait confié vouloir porter plainte pour harcèlement moral, mais aussi pour dénoncer les pratiques discriminatoires de certains de ses collègues. Elle avait alors assuré avoir "du lourd" et demandé à sa famille de communiquer, elle-même étant soumise au devoir de réserve.

"La grande muette a fait son oeuvre", attaque Me Basson-Larbi, qui déplore une enquête conduite sous forme de "simulacre", prenant pour exemple le fait que le fameux "G." cité dans le mot n'a jamais été placé sous le statut de témoin assisté ou que certains éléments ont été endommagés lors de "problème de transport".

Myriam Sakhri, qui venait de réussir le concours d'officier de police judiciaire de la gendarmerie, s'était engagée dans une guerre contre sa hiérarchie. Décrite comme intègre et très impliquée dans son travail, la jeune femme, en raison d'un problème de santé, avait été affectée au service des appels d'urgence à la gendarmerie, le 17. A son entourage, elle raconte avoir entendu certains de ses collègues raccrocher au nez des personnes qui les appellent en leur lançant: "Tu nous rappelleras quand tu parleras français" ou encore les traiter de "sale bougnoule" ou de "sale youpin". Rapidement, la gendarme, d'origine algérienne, dénonce auprès de ses supérieurs ses faits de racisme et de discrimination.

Nouveaux éléments versés au dossier

"Petit à petit, elle a été ostracisée puis elle aussi la cible d'insultes de la part de ses collègues, rapporte l'avocat des proches de Myriam Sakhri. Elle n'était pas d'accord avec la façon dont la hiérarchie gérait ces faits." Trois jours avant la mort de la gendarme, l'Inspection générale de gendarmerie nationale s'était d'ailleurs rendue à Lyon pour interroger Myriam Sakhri. A cette époque, elle était la cible d'une plainte de ses supérieurs pour avoir consulté des documents appartenant à l'institution à des fins non professionnelles. La gendarme leur avait fait part des faits qu'elle dénonçait.

Pendant cinq ans, la famille de Myriam Sakhri s'est battue pour que l'enquête se poursuive et soit confiée, cette fois-ci, non pas aux gendarmes mais aux policiers. D'ici la fin de l'année, Me Basson-Larbi va apporter à la justice de nouveaux éléments afin de faire rouvrir l'instruction et tenter de faire délier les langues au sein de l'institution. Dans le même temps, l'avocat et la famille de Myriam Sakhri réclament la restitution des scellés de l'enquête, ou au moins la confirmation qu'ils existent toujours. Ils sont persuadés que l'ordinateur de la jeune femme n'a pas révélé tous ses secrets. 

Après la fermeture de l'enquête, les proches de la gendarme avaient réclamé ses affaires personnelles. Dans un premier temps, le parquet avait expliqué que la liste des effets réclamés différenciait de celle en possession de la justice. Quelques mois plus tard, après la demande du nouvel avocat de la famille, la justice répond que le dossier, et donc les scellés - vêtements et matériel informatique - ont été détruits. "Ce qui est formellement interdit", rappelle Me Basson-Larbi. En août dernier, nouvelle réponse à leur demande: désormais les scellés sont "la propriété de l'Etat". 

Justine Chevalier