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Rodéos urbains: Pour le commissaire du Havre, la lutte contre le phénomène est "aussi une lutte contre l'insécurité"

Olivier Beauchamp, commissaire divisionnaire, commissaire central et chef de district Le Havre-Bolbec-Fécamp

Olivier Beauchamp, commissaire divisionnaire, commissaire central et chef de district Le Havre-Bolbec-Fécamp - BFMTV

Une cellule d'investigations spécifique contre les rodéos urbains est mise en place depuis deux ans au Havre. Elle a déjà permis le placement en garde à vue de 36 participants à cette pratique.

C'est une pratique qui exaspère les riverains et contre laquelle élus et forces de sécurité ont du mal à lutter. Pour mettre fin aux rodéos urbains, qui consistent à une série d'acrobaties sur des deux-roues, une cellule d'investigation spécifique anti-rodéo a été mise en place depuis 2019 au commissariat du Havre, en Seine-Maritime.

Cinq policiers sont détachés pour lutter contre les rodéos urbains sur la période propice à ce genre de pratique, aux beaux jours, c'est-à-dire entre mai et octobre-novembre. Depuis mai 2019, cette cellule a monté 92 dossiers, permettant l'interpellation et le placement en garde à vue de 36 personnes. 72 deux-roues ont par ailleurs été détruits.

Olivier Beauchamp, commissaire divisionnaire, commissaire central et chef de district Le Havre-Bolbec-Fécamp, explique à BFMTV le fonctionnement de cette cellule.

BFMTV - Comment travaille la cellule anti-rodéo pour mettre un terme aux rodéos urbains?
OLIVIER BEAUCHAMP -
Nous travaillons avec des partenaires, à commencer par le centre en charge de la vidéo-protection de la ville. Il nous envoie des images de cette pratique. De même, les bailleurs nous signalent également ces pratiques, tout comme les policiers sur le terrain, lorsqu’ils croisent des individus qui pratiquent le rodéo urbain suite à des appels 17. A ce moment-là, on rassemble tous ces éléments, le renseignement judiciaire, on acte, et la cellule d’investigation anti-rodéos va se charger de l’identification des individus et aussi du lieu de stockage des véhicules. Quand nous avons monté ce dossier judiciaire, on interpelle les individus, de préférence en flagrance, donc dans les 48 heures après la commission du délit et on essaie toujours de saisir le véhicule.

Quelle est la priorité pour les policiers qui travaillent au sein de cette cellule?
Au-delà de l’interpellation des individus, ce qui nous intéresse en premier, c’est bien évidemment la saisie des véhicules et si possible leur destruction. Nos collègues de la gendarmerie, en particulier la compagnie de gendarmerie départementale du Havre a également mis en place un dispositif équivalent pour faire miroir avec notre dispositif. Bien entendu, la plupart des moto-cross ou des deux-roues utilisés pour pratiquer le rodéo ont souvent fait l’objet de vol en zone gendarmerie. Il est important qu’on soit en permanence en liaison pour identifier les lieux des vols et tout de suite identifier les pratiquants sur le terrain.

Les premiers résultats sont-ils satisfaisants?
Les résultats sont très satisfaisants, on enregistre une baisse de la pratique. Malgré tout, ce sont des résultats très fragiles puisque tous les ans, il faut recommencer, il faut être pugnace et il faut tenir le terrain. C’est bien ça pour nous le principal pour éviter d’appropriation territoriale par les pratiquants. On est dans une stratégie plus globale de reconquête républicaine. Il y a des quartiers où la pratique du rodéo urbain s’associe généralement à des trafics de stupéfiants de proximité et qui ont donc besoin d’une appropriation du terrain. Lutter contre les rodéos, c’est aussi lutter contre cette appropriation territoriale par certains trafiquants de stupéfiants et de dealers. Quand on lutte contre les rodéos, on lutte aussi contre l’insécurité dans les quartiers.

Justine Chevalier