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Police-Justice

Rennes: accusé de viols, un enseignant autorisé par la justice à revenir faire cours à l'université

Un professeur de l'université Rennes 2 a été mis en examen en 2017 après trois plaintes pour viols.

Un professeur de l'université Rennes 2 a été mis en examen en 2017 après trois plaintes pour viols. - Google Street View

Deux étudiantes et une professeure avaient porté plainte pour viols à son encontre. Mis en examen en 2017, la justice l'a autorisé à réintégrer son établissement, créant la polémique.

C'est une décision controversée que la Cour d'appel de Rennes a rendue le mois dernier. Un enseignant de l'université de Rennes 2 avait été mis en examen en 2017 pour "viols" après trois plaintes émanant d'élèves et d'une professeure. L'instruction étant toujours en cours, celui-ci a été autorisé à revenir enseigner au sein de l'établissement par la justice, les conditions de son contrôle judiciaire ayant été modifiées, apprend BFMTV.com de source judiciaire, confirmant une information du Télégramme.

C'est à la suite d'une campagne de communication contre les violences sexuelles et sexistes sur le campus de Rennes 2 qu'une première plainte est déposée, en 2017: une étudiante de 24 ans raconte avoir subi un viol de la part de son directeur de thèse, alors directeur de l'UFR de Staps.

À la suite de ce témoignage, ce dernier est donc mis en examen pour "viol par personne abusant de l’autorité que lui confère sa fonction", "agression sexuelle" et "harcèlement sexuel". Placé sous contrôle judiciaire, il a l'interdiction d'enseigner dans l'établissement. Plus tard la même année, deux autres plaintes font jour: une autre étudiante et une enseignante relatent des agissements similaires de la part du professeur en question.

La direction lui interdit l'accès au campus

L'idée d'un retour du mis en cause a suscité l'indignation de certains, dans les rangs de l'université. L'une des plaignantes a par ailleurs réagi, disant vivre depuis plusieurs années "avec cette peur et ce dégoût au ventre", rapportent nos confrères de Ouest-France. La direction n'a donc pas tardé à faire connaître sa position: l'accès au campus est temporairement interdit au professeur mis en cause, dans le souci de conserver un "cadre de travail apaisé".

"[...] Afin de préserver la sécurité et la santé de ses agents, l’Université a pris une mesure provisoire d’interdiction d’accès de l’agent aux locaux de l’université, afin de garantir, autant que possible, un cadre de travail apaisé, dans le respect de la présomption d’innocence", écrit la direction dans un communiqué que nous avons pu consulter.

Cette décision a été prise à l'issue d'une réunion avec le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail de l'université, qui pointait du doigt les difficultés que pouvait entraîner une telle situation, alors même que les plaignantes sont toujours sur le campus.

"Inadmissible", dénonce son avocat

De son côté, le mis en examen a toujours nié les faits, évoquant des relations sexuelles consenties à chaque fois. "Cette décision de Rennes 2 est inadmissible", estime son avocat, Me William Pineau. Contacté par BFMTV.com, il rappelle également que son client est présumé innocent.

Avant la décision de la Cour d'appel et le refus de l'université de l'accueillir dans ses locaux, le professeur avait déjà eu l'autorisation de reprendre son activité, mais au sein d'établissements privés. La Cour d'appel avait cette fois validé le fait qu'il puisse travailler au sein de l'université Rennes 2, à condition que tout soit aménagé de manière à ce qu'il ne puisse entrer en contact avec les plaignantes.

"Ça aurait été largement possible dans un site aussi grand que le campus de Rennes 2", commente Me William Pineau. "Mon client a une famille à nourrir. On ne peut pas accepter une telle mise à mort sociale et économique", dénonce-t-il enfin.

Elisa Fernandez