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Réforme pénale: "laxiste" pour la droite, "efficace" pour la gauche

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, accompagnée de la Garde des Sceaux Christiane Taubira au sortir d'une réunion à l'Elysée le 30 août.

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, accompagnée de la Garde des Sceaux Christiane Taubira au sortir d'une réunion à l'Elysée le 30 août. - -

Les annonces faites par le Premier ministre, plutôt en faveur de la ministre de la Justice, ne satisfont ni les policiers, ni la droite. Les syndicats de policiers et la majorité, en revanche, se félicitent.

Jean-Marc Ayrault a annoncé vendredi les arbitrages de l'exécutif sur la très controversée réforme pénale, confirmant la création d'une peine de "contrainte pénale" sans prison pour certains délits et la suppression des peines plancher.

Les pistes retenues par François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont d'ores et déjà provoquées des réactions indignées.

Police: "Une loi dictée par la culture de l'excuse"

"Nous sommes stupéfaits", a réagi sur BFMTV le secrétaire général du syndicat Synergie-Officiers, proche de la droite, Patrice Ribeiro, "parce que nous pensions que Manuel Valls aurait suffisamment de poids pour ne pas faire adopter cette loi qui est d'abord dictée par la culture de l'excuse".

Le porte-parole a estimé que cette réforme "aura des répercussion dramatiques", argumentant: "le message que l'on vient d'envoyer c'est 'vous n'irez pas en prison'".

A l'UMP: "L'idéologie laxiste triomphe"

Sans surprise, le député UMP Eric Ciotti a tweeté: "Arbitrage Hollande Taubira et l'idéologie laxiste triomphent au détriment de la sécurité et des droits des victimes", et taxé les idées de la ministre de la Justice de "dangereuses".

Le "laxisme plutôt que la fermeté", c'est également les termes employés par le président de l'UMP Jean-François Copé, pour qui "les Français seraient les premières victimes de l'arbitrage". Quant à l'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati, elle estime que le texte "fait la part belle aux voyoux et est une insulte aux victimes."

Arbitrage Hollande Taubira et l'idéologie laxiste triomphent au détriment de la sécurité et des droits des victimes
— Eric Ciotti (@ECiotti) August 30, 2013

Arbitrage Hollande Valls totalement désavoué au profit des idées dangereuses de Taubira
— Eric Ciotti (@ECiotti) August 30, 2013

Ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux a lui aussi réagi sur BFMTV, se disant "choqué" par ces annonces. "C'est un mauvais signal adressé à la société qui a besoin de protection et un mauvais message adressé aux délinquants", a-t-il critiqué.

"Des peines de cinq ans, ce n'est pas pour du vol à l'étalage!", a rappelé l'ancien membre du gouvernement. Réagissant au terme de"laxisme", employé par Jean-Marc Ayrault à l'encontre du précédent gouvernement, il a déploré: "le sujet ne serait pas si grave, ce serait à se tordre de rire", avant de pointer une "dérive inquiétante" des chiffres de la délinquance depuis 15 mois.

Justice: "la fin des peines plancher est bonne chose"

Dans le monde judiciaire, on est un peu plus clément avec la réforme. "La suppression des peines plancher est une bonne chose, car cela supprime l'automaticité des peines", indique Virginie Duval, de l'Union syndicale des magistrats. Celle-ci veut nuancer l'idée d'une mesure de laxisme: "A l'égard des récidivistes, les peines sont de toute façon plus sévères."

Des accusations de laxisme que réfute également le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Pour lui, les peines automatiques "ont démontré leur inefficacité". Il a également assuré qu'il n'y aurait "plus de libération conditionnelle automatique ou de révocation automatique des sursis".

Pour lui, c'est la droite qui avait fait preuve de "laxisme" en supprimant "des milliers et des milliers de postes de policiers et de gendarmes et n'avait pas non plus prévu le remplacement des magistrats qui partent à la retraite."

Report de l'examen du texte après les élections?

"Une meilleure justice avec des peines mieux adaptées et effectivement exécutées, et moins de récidive. (...) Plus de sécurité et une justice plus efficace", résume de son côté Jean-Pierre Sueur, le président PS de la commission des Lois au Sénat. Son homologue à l'Assemblée, Jean-Jacques Urvoas, souligne de son côté que selon lui "la réforme (...) contient des mesures pour lutter à la fois contre l'augmentation du taux de récidive et l'inexécution des peines".

Matignon a évoqué une présentation du texte en Conseil des ministres en septembre ou octobre. Il ne figure par contre pas au calendrier parlementaire de la fin 2013. Et beaucoup de familiers du dossier parient sur un report de son examen à après les prochaines échéances électorales.

A. D. et M. T.