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Qui est Tariq Ramadan, visé par deux plaintes pour viol?

Tariq Ramadan, lors d'une conférence sur le thème "Vivre ensemble", le 26 mars 2016 à Bordeaux

Tariq Ramadan, lors d'une conférence sur le thème "Vivre ensemble", le 26 mars 2016 à Bordeaux - MEHDI FEDOUACH / AFP

Islamologue controversé, personnalité influente... Qui est vraiment Tariq Ramadan, aujourd'hui visé par deux plaintes pour viol?

Il intrigue autant qu'il divise. Tariq Ramadan, islamologue et théologien suisse d'origine égyptienne, est aujourd'hui visé par deux plaintes pour viol en France. Si l'intellectuel jouit d'une forte popularité dans les milieux musulmans, il est également très contesté dans certaines sphères laïques et politiques, en raison de son discours jugé par certains à deux mesures.

L'islamologue d'influence

Né en 1962 à Genève, Tariq Ramadan est le petit-fils du fondateur de la confrérie islamiste des Frères musulmans, Hassan el-Banna. Il obtient sur le territoire suisse un baccalauréat français, une maîtrise en philosophie et littérature françaises, puis un doctorat en islamologie arabe, avant d'emmener sa famille au Caire pour suivre une formation en études islamiques.

Marié depuis plus de trente ans à une Française convertie avec laquelle il a eu quatre enfants, il vit aujourd'hui en Grande-Bretagne, et dispense des cours d'études islamiques contemporaines à Oxford. Il anime également plusieurs conférences dans différentes universités à travers le monde, attirant à chacune d'entre elles de nombreux étudiants, signe de sa popularité.

Le magazine américain Time l'avait même intégré à son classement des "100 personnalités les plus influentes du monde" en 2004. Son portrait s'ouvrait de la façon suivante:

"Peu d'observateurs nient la séduisante intelligence du philosophe et théologien islamique suisse Tariq Ramadan, mais les désaccords autour de son véritable programme sont féroces. Au cours des cinq dernières années, Ramadan est devenu extrêmement influent auprès des Musulmans à travers l'Europe. Il appelle les croyants à embrasser et à pratiquer l'Islam d'une manière moderne et habile".

Personnalité controversée 

Les prises de position de Tariq Ramadan ont commencé à diviser la sphère politique française après un article rédigé par l'intellectuel en 2003, dans lequel il critique "des intellectuels juifs français que l'on avait jusqu'alors considérés comme des penseurs universalistes". Interrogé à ce sujet par le ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, lors d'une émission télévisée, il réitère ces affirmations. Des propos qui lui ont valu d'être caractérisé d'antisémite, qualificatif qu'il a toujours réfuté, mettant en avant le droit à la critique de l'Etat d'Israël.

Après ces propos, certains politiques de gauche, comme Jean-Luc Mélenchon ou encore Manuel Valls, avaient signé une tribune dans le Nouvel Observateur (aujourd'hui l'Obs, NDLR) pour dénoncer ces dires. D'autres hommes politiques avaient pour leur part pris position en faveur de l'islamologue, comme l'ont fait les Verts.

Outre ces accusations d'antisémitisme, Tariq Ramadan est soupçonné par certains de masquer un fondamentalisme religieux derrière ses discours modernes sur l'Islam. En cause notamment, son implication contre les lois sur le voile. Il est soupçonné de pousser les femmes musulmanes à se voiler. Une critique qu'il réfute également, affirmant que le port du voile relève de la liberté individuelle.

Des liens complexes avec la France

Les relations entre Tariq Ramadan et les autorités françaises sont depuis longtemps tumultueuses. En 1995, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Charles Pasqua, l'a interdit de séjour en France pour "menaces contre l'ordre public", au lendemain d'attentats islamistes dans l'hexagone. Aucune justification plus précise n'a été donnée.

Cette décision prise par le ministre avait entraîné une manifestation de soutien dans Paris, à laquelle ont participé des associations musulmanes, mais également la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) ou encore la Ligue de l'enseignement. Plusieurs personnalités comme l'Abbé Pierre et l'évêque Jacques Gaillot lui ont aussi apporté leur soutien. Sans plus d'explications du côté de la Place Beauvau, l'interdiction d'entrée sur le territoire a été levée quelques mois plus tard. 

Sa dernière opposition avec les politiques français remonte à 2016, année lors de laquelle Tariq Ramadan déclare vouloir acquérir la nationalité française. Sa décision fait suite selon lui aux "propos nauséabonds" tenus lors des discours sur la déchéance de nationalité. Il publie alors sur sa page Facebook: 

"A l'heure où l'on parle, avec quelque désordre et fracas, de la déchéance de la nationalité, je pense qu'il est bon de donner un exemple concret et positif d'adhésion aux valeurs de la République".

Cette annonce a été particulièrement mal accueillie par Manuel Valls, alors Premier ministre, qui a déclaré dans une interview à Radio J qu'il n'y avait "aucune raison" pour que l'intellectuel obtienne la nationalité, jugeant son message "contradictoire" avec les valeurs de la France. "Quand on aspire à être Français, c’est qu’on aspire à partager des valeurs", avait-il lancé.

Céline Penicaud