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Procès Outreau: Jonathan Delay accuse Daniel Legrand

Les souffrances et le sentiment d'injustice de Jonathan Delay, violé avant ses six ans par ses parents et un couple de voisins à Outreau, ont résonné à Rennes au 2e jour du procès d'un des acquittés d'Outreau, Daniel Legrand.

Jonathan Delay a accusé pour la première fois mercredi Daniel Legrand d'abus sexuels, sans détailler les actes. Il a aussi accusé, mais sans les nommer, d'autres acquittés de l'affaire Outreau, au 2e jour du procès à Rennes de Daniel Legrand pour des faits de viols sur enfants qu'il aurait commis alors qu'il était lui-même encore mineur.

"J'ai le souvenir d'avoir été violé"

"J'ai été victime de l'affaire Outreau", a déclaré à la cour Jonathan Delay, partie civile avec deux de ses frères à ce procès, en début d'après-midi. "J'ai le souvenir d'avoir été violé", a-t-il ajouté d'une voix grave, en veste grise, les cheveux soigneusement gominés.

Lorsque le président de la cour d'assises, Philippe Dary, lui demande par qui il a été abusé, il répond: "La loi ne me le permet pas de les citer, ils ont été acquittés...", faisant référence à certains des 13 acquittés sur les 17 mis en examen dans l'affaire Outreau. "Est-ce que Daniel Legrand fait partie des gens qui ont abusé de vous?", demande Philippe Dary. "Oui", répond-il.

"Je sais qu'il était là, je peux l'assurer qu'il était là, je ne suis pas là aujourd'hui devant vous pour mentir", explique Jonathan Delay.

Jonathan Delay n'a en revanche pas précisé les abus qu'il reproche à Daniel Legrand. "J'ai certaines images où je le vois chez mes parents", a-t-il déclaré. Interrogé encore un peu plus tard sur ces abus, Jonathan Delay déclare: "Je ne peux pas répondre". Il a en revanche reconnu avoir indiqué, pendant l'instruction au début des années 2000, alors qu'il avait six ans, qu'il ne connaissait ni Daniel Legrand ni son père homonyme, décédé en 2012, qui était, comme le fils, un des 13 acquittés d'Outreau.

"J'ai été écouté par plusieurs personnes à plusieurs moments, plusieurs reprises, pendant je ne sais combien de jours... On m'a demandé de répondre à un certain nombre de questions... S'en est suivi deux procès où 'ils' sont quasiment tous sortis et acquittés", a également déclaré Jonathan Delay.

"C’est pas si clair que ça. C’est des flashs"

Devant la presse, Jonathan Delay a admis que les choses n'étaient "pas si claires que cela". "J’ai dit ce que j’avais sur le cœur et remettre les points sur les "i" sur certaines choses. Je suis content de ce que j’ai fait", a déclaré le plaignant. Jonathan Delay accuse donc Daniel Legrand même si ces souvenirs restent flous. "C’est pas si clair que ça. C’est des flashs (…) Je sais qu’il était là", a-t-il reconnu. "C’est pas si clair que ça. C’est des flashs, c’est beaucoup de choses. Je sais qu’il était là mais après mes souvenirs ne permettent pas de... voilà".

"C'est très flou pour lui. Il s'explique sur ce qu'il a comme souvenirs, il ne veut pas en inventer", a pour sa part assuré l'avocat de Jonathan Delay, Me Patrice Reviron. "L'écueil que je gère avec lui depuis très longtemps, je lui ai toujours dit, il ne faut absolument pas qu'il se rappelle de choses qui ne sont pas la réalité", a-t-il commenté face à une nuée de caméras.

"Bien sûr que Jonathan Delay a menti"

L'un des avocats de Daniel Legrand, Me Hubert Delarue, a quant à lui clairement accusé Jonathan Delay de ne pas dire la vérité. "Bien sûr qu'il a menti. (...) Aujourd'hui, je pense que l'on est déjà au deuxième jour du procès à l'heure de vérité", a-t-il lancé.

"On attendait le contenu de ses accusations", a-t-il souligné au micro de BFMTV. Le conseil a pointé du doigt les réponses "en demi-teinte" de Jonathan Delay, alors "qu'on nous avait annoncé aujourd'hui comme étant la grande révélation. Et notamment le fait que celui-ci nous dise enfin si des acquittés étaient véritablement des coupables et si on n'avait pas innocenté à tort des gens qui lui avaient causé du tort". Et d'ajouter: "Tout ça pour ça... Aujourd'hui je peux considérer que sur cette disposition qu'on attendait capitale dans cette affaire, la procédure, en l'état, a fait pschitt".

Son père Thierry Delay a été condamné lors du premier procès à 20 ans de prison pour viols sur ses trois frères et lui. Sa mère a été condamnée à 15 ans, et un couple de voisins, ayant aussi reconnu les faits, a également été condamné. Aucun n'a fait appel.

Daniel Legrand est poursuivi pour des accusations de viols retenues contre lui en 2003 à l'issue de l'instruction initiale de l'affaire d'Outreau, menée par le juge Fabrice Burgaud, mais qui n'avaient pas encore été jugées pour la période où il était mineur.

la rédaction avec AFP