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Procès Outreau: dix ans après avoir été acquitté, Daniel Legrand fils redevient un accusé

Daniel Legrand, acquitté d'Outreau, revient devant la justice pour répondre des mêmes faits de viols qu'en 2005, mais cette fois-ci pour la période où lui-même était mineur. Les équipes de BFMTV l'ont rencontré.

Il a la voix rocailleuse, qui s'étrangle sur certaines phrases. La peau burinée, une larme bleue foncée tatouée sur la joue, comme la couleur de son regard. A seulement 33 ans, Daniel Legrand fils est déjà marqué par la vie et le poids des années. Ce mardi, il se retrouve de nouveau face à ses démons: l'affaire Outreau. Du 19 mai au 5 juin, le jeune homme sera seul face aux juges pour répondre d'accusations de viols et d'agressions sexuelles sur mineurs en réunion, les quatre enfants Delay-Badaoui.

Des faits pour lesquels il a déjà été jugé puis acquitté, comme son père Daniel Legrand, en 2005, après avoir passé plus de deux ans derrière les barreaux. Mais cette fois-ci, la justice s'intéresse à la période où lui-même était mineur. Subtilité juridique qui replonge tous les personnages de l'affaire, parties civiles comme acquittés, dans un passé trouble et douloureux.

"J'ai rien fait, je suis innocent"

"J'y vais confiant. Je ne me vois pas condamné, j'ai rien fait, je suis innocent. La prison, c'est pas un endroit où il faut aller", soupire-t-il. "Quand on n'a rien fait, c'est très difficile d'être enfermé. Tous les jours, on cogite. Mais j'y pense quand même souvent à ce nouveau procès, des images des autres procès me reviennent. Je me réveille en sursaut la nuit."

Daniel Legrand, interpellé en 2001 alors qu'il n'avait que 19 ans, et plus jeune mis en cause dans le dossier, a été acquitté le 1er décembre 2005, lors du procès en appel. Son père a été acquitté dès le premier procès, en 2004. Mais il a fait, comme lui, deux ans et demi de détention en préventive, qui ont laissé des traces indélébiles. Il est mort des suites d'un cancer, en 2012. "Je pense beaucoup à lui", confie le jeune homme, qui porte le même nom. "Il me manque énormément, tous les jours. Mon père est mort à cause d'Outreau, et aujourd'hui c'est à moi qu'on en veut. Ca m'a détruit, et ça continue."

Daniel Legrand n'a jamais été formellement dénoncé par les "enfants d'Outreau". C'est sa mise en cause par Myriam Badaoui, mère incestueuse à l'origine de l'affaire, qui l'a conduit en prison, avant qu'elle ne se rétracte devant les juges et innocente le jeune homme. Lui ne comprend pas pourquoi aujourd'hui certains des enfants Badaoui se portent partie civile. "On ne se connaît pas. Je peux comprendre qu'ils ont pu souffrir vis-à-vis de leurs parents, mais qu'ils ne mettent pas en cause un innocent", regrette-t-il.

Des rêves de père

Deux ans après l'acquittement, en 2007, Daniel Legrand a plongé. Drogues, hallucinations, cauchemars. "Le contre-coup de toute cette affaire", souffle-t-il. Hospitalisé en psychiatrie un temps, il a depuis un lourd traitement médicamenteux, qui l'aide "à tenir". "Je vis au jour le jour, je n'arrive pas à me projeter vers l'avenir. Une fois que j'en aurais fini avec tout ça, j'arriverais peut-être à me relever. Notamment pour voir mon fils grandir. Il va avoir 4 ans. J'espère qu'il sera comme son père, footballeur, qu'il aura une belle vie, et qu'il aura sa liberté."

Avec ses indemnités de 2005, Daniel Legrand avait pu acheter une maison dans le Pas-de-Calais, qu'il a fini par revendre. Aujourd'hui séparé de la mère de son fils, reconnu comme adulte handicapé, il vit dans un petit appartement avec sa mère près de la mer, et tue le temps chaque jour. Il a des projets, parfois, qui lui occupent l'esprit. "J'aimerais bien passer mon permis bateau un jour, pour aller pêcher, au large, avec les amis" devise-t-il, avant de se reprendre: "Enfin, s'il m'en reste bien sûr... "

Vidéo: Cécile Danré avec Nicolas Behar, Marion Ruaud et Christelle Rouxel