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Procès en appel du cardinal Barbarin: pas de condamnation requise, décision le 30 janvier

Le cardinal Philippe Barbarin le lundi 7 janvier 2019 au tribunal de Lyon

Le cardinal Philippe Barbarin le lundi 7 janvier 2019 au tribunal de Lyon - Jeff Pachoud - AFP

L'avocat général n'a requis aucune peine à l'encontre du cardinal Barbarin, condamné à six mois de prison avec sursis en première instance.

L'avocat général Joël Sollier n'a pas requis de condamnation vendredi contre le cardinal Philippe Barbarin, qui conteste en appel sa condamnation à six mois de prison avec sursis pour ne pas avoir dénoncé les abus sexuels d'un prêtre du diocèse. La Cour d'appel de Lyon a mis en délibéré au 30 janvier sa décision.

"Je suis soulagé, je m'en remets à la décision de la justice (...) et je veux dire aux victimes que je (ne) pense qu'à elles", a brièvement commenté le prélat à sa sortie de l'audience. 

Lors du procès en première instance de mars dernier, la représentante du ministère public n'avait déjà pas requis de condamnation contre le prélat. Mais l'archevêque de Lyon avait été condamné à six mois de prison avec sursis, provoquant une onde de choc jusqu'au Vatican qui a refusé sa démission.

Une "décision raisonnée et sereine"

Le représentant du ministère public s'est ainsi de nouveau inscrit dans la continuité de la position adoptée par le parquet jusque-là dans cette affaire. Appelant le tribunal à une "décision raisonnée et sereine", Joël Sollier a estimé que la justice ne pouvait "faire du symbolique son principe d'action, ni son but ultime". Elle doit distinguer le "cas individuel" de l'archevêque de Lyon des "fautes" commises par l'Eglise face à la pédophilie de certains de ses prêtres, a-t-il ajouté.

Dans cette affaire, le parquet de Lyon avait ouvert, en février 2016, une enquête pour non-dénonciation d'agressions sexuelles sur mineurs visant l'archevêque et d'autres membres du diocèse, mis en cause par des victimes du père Bernard Preynat. Défroqué en juillet, celui-ci doit être jugé au pénal en janvier.

Coupable par deux fois

L'enquête avait été classée sans suite le 1er août 2016 par le procureur de la République. Les plaignants avaient alors lancé une procédure de citation directe pour faire comparaître l'archevêque et cinq autres prévenus devant le tribunal. Seul le cardinal Barbarin avait été condamné.

Les juges l'avaient déclaré coupable par deux fois: en 2010, quand Preynat lui avait avoué ses agissements et qu'il n'avait rien dit, ce silence-là tombant sous le coup de la prescription dont le délai est de trois ans. Puis en 2014, quand une victime du prêtre, Alexandre Hezez, l'avait informé des agressions et que le cardinal n'avait pas prévenu la justice, par souci de "préserver l'institution à laquelle il appartient", avait jugé le tribunal en le condamnant.

Pas un symbole

Mais selon l'avocat général, "il est difficile d'estimer que le cardinal Barbarin avait la volonté ou la conscience d'entraver la justice" ; en l'absence de cet élément intentionnel, il considère que l'infraction n'est pas établie à cette époque et qu'elle est prescrite pour tout ce qui précède. 

Vendredi, la défense du prélat s'est attachée à souligner qu'"accuser un innocent, ce n'est pas défendre une cause", refusant de voir en Barbarin un symbole des fautes de l'Église.

De son côté, François Devaux, cofondateur de l'association de victimes La Parole libérée, qui porte la procédure, s'est défendu d'être dans le "symbole". 

"Ce n'est pas l'homme qui est attaqué. Il y a des faits qui sont caractérisés et cela a déjà été souligné dans la condamnation en première instance sur la matérialité et l'intentionnalité des faits", a-t-il poursuivi, dénonçant un ministère public "pas à la hauteur".
B.R. avec AFP