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Non-dénonciation d'abus sexuels: le cardinal Barbarin ne voit toujours pas "en quoi" il serait "coupable"

Le cardinal de Lyon Paul Barbarin au tribunal de Lyon pour son procès, le 7 janvier 2019

Le cardinal de Lyon Paul Barbarin au tribunal de Lyon pour son procès, le 7 janvier 2019 - Jeff Pachoud / AFP

Le procès en appel du cardinal Barbarin s'est ouvert ce jeudi à Lyon. Condamné à 6 mois de prison avec sursis en mars pour ne pas avoir dénoncé des abus sexuels d'un prêtre, il a expliqué que sa décision de faire appel vient de son incompréhension concernant sa culpabilité et les faits qui lui sont reprochés.

Jugé en appel à Lyon pour ne pas avoir dénoncé les abus sexuels passés d'un prêtre de son diocèse, le cardinal Barbarin a répété ce jeudi qu'il ne comprenait pas sa condamnation dans cette affaire. Il a été condamné le 7 mars à six mois de prison avec sursis, et avait fait appel du jugement le lendemain. Son procès en appel s'est ouvert ce jeudi.

"Quelle est la raison de votre appel?", lui demande le président de la cour, Eric Seguy, en entamant son interrogatoire sur les faits. "C'est un droit que la justice française me donne, je le saisis parce que je n'arrive pas bien à voir en quoi je suis coupable et quels sont les faits qu'on me reproche", répond l'archevêque de 69 ans.

A l'époque, il n'a pas pensé à aller devant la justice

"J'ai reconnu des torts ou des difficultés mais je n'ai pas pensé que j'avais à aller devant la justice, et je crois que lui non plus, lors de ma rencontre avec Alexandre Hezez en 2014", a ajouté Paul Barbarin. "Ce n'est passé ni dans sa tête, ni dans la mienne." Alexandre Hezez, un ancien scout de la région, avait mis au courant le cardinal, en 2014, des agressions qu'il avait subies dans les années 1980 d'un prêtre du diocèse, Bernard Preynat, aujourd'hui défroqué et dans l'attente de son procès en janvier.

"Les faits pour lui étaient prescrits et empêchaient une action devant la justice, j'ai donc agi devant mon autorité à moi, celle de Rome", se défend l'archevêque. En 2015, l'ancien scout avait finalement pris la décision de porter plainte auprès du parquet de Lyon malgré cette prescription, déclenchant l'ouverture de l'enquête sur Preynat, dont neuf victimes ont ensuite décidé de poursuivre le cardinal pour non-dénonciation.

Son avocat, Me André Soulier, a expliqué à la presse en sortant de l'audience que son client dit lui-même "qu'il n'a pas toujours été excellent, n'a pas toujours pris les bonnes décisions, il s'est reproché de ne pas avoir posé assez de questions au père Preynat". "Il le dit aujourd'hui, les choses sont différentes et si une situation de crise se présente elle est gérée différemment à l'heure actuelle" a-t-il expliqué.

Le cardinal ne savait rien de précis avant 2014

Philippe Barbarin, prostré sur le banc des prévenus en écoutant le président résumer les faits, s'est ensuite exprimé d'une voix assurée à la barre, comme en première instance. Il assure qu'avant 2014, lui n'a rien su de précis sur les agissements de Preynat alors qu'il pourrait "donner les noms d'une quinzaine de familles qui savaient et qui regrettent aujourd'hui de n'avoir rien dit". "Une victime m'a dit: 'je vous attaque vous car je ne vais pas attaquer mon père, quand même'", poursuit-il.

En 2010 pourtant, il avait convoqué le prêtre pour l'interroger sur son passé, avant de le renommer à la tête d'une paroisse. Mais son seul souci, explique-t-il, était alors de savoir s'il avait pu recommencer ses agressions après 1991. "Pourquoi on me reproche de l'avoir cru? On ne le reproche pas à la police aujourd'hui alors qu'il est libre et qu'il peut aller à la sortie d'une école s'il le souhaite", lance le cardinal à la cour, sans sourciller.

Julia Galan avec AFP