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Procès de Maurice Agnelet: l'amant, l'héritière et 36 ans de mystère

Maurice Agnelet au lendemain du verdict de son premier procès, le 21 décembre 2006 à Nice.

Maurice Agnelet au lendemain du verdict de son premier procès, le 21 décembre 2006 à Nice. - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Ce lundi, Maurice Agnelet comparaît pour la troisième fois pour l'assassinat d'Agnès Le Roux. L'héritière du casino Palais de la Méditerranée, qui était sa jeune maîtresse, a disparu en 1977 sans que son corps ne soit jamais retrouvé. Récit.

Une date indéterminée, aux alentours de la Toussaint 1977, à Nice. Agnès Le Roux, belle et riche héritière du casino Palais de la Méditerranée, disparaît. La jeune femme de 29 ans ne sera jamais retrouvée. Ce lundi, l'une des plus vieille énigmes judiciaires de France ressurgit en cour d'assises: pour la troisième fois, son amant de l'époque, Maurice Agnelet, comparaît pour son assassinat. Alors que la famille d'Agnès continue de l'accuser, lui n'a jamais cessé de clamer son innocence. Retour sur 36 ans de mystère et de péripéties judiciaires.

>> La chronologie de l'affaire

Acte 1 - "guerre des casinos" sur la promenade des Anglais

1977. La promenade des Anglais est le théâtre d'une guerre sans merci entre les casinos Ruhl, dirigés par le groupe Fratoni, et le Palais de la Méditerranée géré par Renée Le Roux, la mère d'Agnès. Le 3 juin, la jeune femme cède ses parts aux adversaires de sa mère, leur permettant de prendre pied au Palais de la Méditerranée. Avant de disparaître, quelques mois plus tard, avec sa Range Rover.

Renée Le Roux ne porte plainte qu'au début de l'année suivante. Et met presque aussitôt en cause un homme: Maurice Agnelet. Cet avocat était aussi l'amant d'Agnès. Pour Renée Le Roux, il aurait été chargé par son rival, Jean-Dominique Fratoni, d'obtenir le vote d'Agnès. Puis l'aurait éliminée pour récupérer l'argent - trois millions de francs de l'époque, soit plus de 1.700.000 euros actuels compte tenu de l'inflation - qu'elle avait obtenu de la cession de ses parts.

"Il espérait avoir un rôle de directeur général au Palais de la Méditerranée et je lui avais dit que c'était impossible", déclare-t-elle dans un reportage diffusé sur TF1 le 18 octobre 1978. "Il m'avait alors proposé un contrat comme avocat auprès de ma société, que j'avais également refusé". Pour elle, l'homme a agi par vengeance autant que par ambition.

Acte 2 - de la suspicion au non-lieu

Placé en garde à vue, Maurice Agnelet avoue d'abord avoir négocié le vote d'Agnès, avant de revenir sur ses aveux. Mais son statut de suspect se renforce lorsque les enquêteurs s'aperçoivent qu'il a vidé le compte suisse qu'Agnès Le Roux avait ouvert pour y placer une partie des fonds reçus en échange de ses parts, et qu'il a placé l'argent sur un compte à son nom.

Maurice Agnelet est inculpé en 1983. Il bénéficie néanmoins d'un non-lieu en 1985. Car il est protégé par un alibi: Françoise Lasseure, une autre maîtresse, affirme qu'elle se trouvait en Suisse avec lui à l'époque de la disparition d'Agnès Le Roux.

L'affaire semble droit rejoindre la pile des énigmes judiciaires non résolues. D'autant qu'un autre protagoniste du dossier, Jean-Dominique Fratoni, meurt en 1994. Le rival de Renée Le Roux était dépeint comme une figure de la pègre locale.

Acte 3 - l'alibi vole en éclats

Mais en 1999, vingt-deux ans après la disparition d'Agnès Le Roux, Françoise Lasseure reconnaît qu'elle a menti sur l'alibi pour rendre service à son ancien amant. Maurice Agnelet est remis en examen l'année suivante. Jugé en 2006, il est acquitté au terme d'un mois de procès devant la cour d'assises de Nice. Le parquet général, qui avait réclamé 20 ans de réclusion, fait appel. Et les obtient l'année suivante, en 2007.

Pendant toutes ces années, Maurice Agnelet n'a jamais cessé de clamer son innocence. En vain. En 2008, la Cour de cassation confirme le verdict, rendant définitive sa condamnation à vingt ans de réclusion.

Acte 4 - deux soutiens inespérés

Et puis, début mars 2011, l'ancien avocat obtient un soutien inespéré. Un ancien truand, Jean-Pierre Hernandez, affirme connaître le véritable assassin. Ce membre de la pègre marseillaise, Jeannot Lucchesi, lui aurait confié avoir tué l'héritère du Palais de la Méditerranée dans le cadre d'un contrat. Problème: Lucchesi est mort en 1987. Les avocats de Maurice Agnelet se précipitent néanmoins sur ce fait nouveau pour demander la révision du procès. L'espoir est de courte durée: la demande est rejetée en 2012.

Et puis, nouveau soutien inattendu: le 10 janvier 2013, la Cour européenne des droits de l'Homme condamne la France pour violation du droit à un procès équitable. Dans leur arrêt, les juges européens estiment en effet que Maurice Agnelet n'a "pas disposé de garanties suffisantes lui permettant de comprendre le verdict de condamnation prononcé à son encontre".

Après Nice et Aix-en-Provence, un troisième procès pour l'ancien avocat est donc fixé, cette fois à Rennes, jusqu'au 11 avril. Encore un mois pour tenter de percer trois décennies de mystère.

Mathilde Tournier