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Prêtre tué: pourquoi le suspect, visé par une obligation de quitter le territoire, n'a pas été expulsé

Le Rwandais qui a avoué le meurtre d'un prêtre ce lundi était visé par une obligation de quitter le territoire. Mais la procédure judiciaire dans laquelle il était déjà impliqué pour un incendie empêchait temporairement son expulsion.

De nombreux responsables de droite et d'extrême droite ont dénoncé ce lundi le "laxisme" et la "faillite" de l'Etat après le "dramatique assassinat" dont un prêtre a été victime en Vendée. Le parcours judiciaire du principal suspect est en effet pointé du doigt.

Depuis juillet 2020, ce sacristain d’origine rwandaise, frappé par une obligation de quitter le territoire (OQTF), est mis en examen pour l’incendie de la cathédrale de Nantes qu’il a reconnu avoir commis. Il a passé quelques mois en prison avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire en attendant son procès. Il a par ailleurs effectué un séjour en hôpital psychiatrique le mois dernier.

"Gravité sans précédent"

C’est dans ce contexte qu’il a assassiné dans la matinée le père Olivier Maire, selon les aveux fournis aux gendarmes. "En France, on peut donc être clandestin, incendier la cathédrale de Nantes, ne jamais être expulsé, et récidiver en assassinant un prêtre. Ce qui se passe dans notre pays est d'une gravité sans précédent", a réagi sur Twitter la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen.

"Que fait cet homme en liberté? Que fait en France un étranger qui a commis un tel délit? Aujourd'hui, un prêtre innocent paie le prix de ce laxisme, c’est inacceptable. Il faut combien de drames encore pour que notre pays réagisse?", a questionné dans la foulée sur notre antenne Christelle Morançais, présidente LR de la région des Pays-de-la-Loire.

La présence de ce sacristain en France malgré son OQTF, et sa remise en liberté après l’incendie de Nantes, sont donc les deux éléments qui posent question et qui soulèvent l’indignation de certains. Ils trouvent néanmoins des justifications d’ordre administratif et juridique.

"L'administratif vient après le judiciaire"

"Cette personne a été l'objet de trois reconduites à la frontière depuis son arrivée illégalement en France en 2012. Deux premières décisions administratives ont été cassées par le tribunal administratif de Nantes. Une troisième décision a été prise par le préfet en 2019 et nous attendions la décision du tribunal mais entre temps, suite à l'incendie, nous ne pouvions pas exécuter la décision d'expulsion de cette personne puisqu'elle était en prison puis libérée sous contrôle judiciaire, un contrôle qui prévoyait explicitement qu'il ne pouvait pas quitter le territoire en attendant qu'il y ait une décision de justice", a détaillé devant la presse ce lundi soir le ministre de l’Intérieur.

Autrement dit, le placement sous contrôle judiciaire fait obstacle temporairement à l'exécution de la décision d'éloignement, "l'administratif vient après le judiciaire", a-t-il souligné, déplorant une "polémique infondée".

Par ailleurs, la décision de le remettre en liberté en vue de son procès est, comme le code de procédure pénale le prévoit, prise par le juge des libertés et de la détention. "Une évaluation psychologique avait été réalisée avant sa sortie le 31 mai dernier", précise sur BFMTV Xavier Le Normand, journaliste pour La Croix, alors qu'il avait manifesté des "problèmes personnels" en 2020. "Il avait été examiné par Service médico-psychologique régional, c’est-à-dire le service psychiatrique pénitentiaire". Des précautions qui n'ont pas permis d'éviter le drame de ce lundi.

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV