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Policier accusé d'avoir giflé un manifestant: X mois de prison avec sursis requis

Affrontement entre manifestants et forces de l'ordre dans le quartier de Montparnasse, à Paris, le 1er mai 2019.

Affrontement entre manifestants et forces de l'ordre dans le quartier de Montparnasse, à Paris, le 1er mai 2019. - Zakaria ABDELKAFI / AFP

"J'admets avoir commis une erreur", a reconnu le brigadier-chef devant le tribunal correctionnel de Paris, ce jeudi. Il encourait cinq ans d'emprisonnement et 75.000 euros d'amende.

Le président a pourtant rappelé, à plusieurs reprises, qu'il ne fallait "pas se tromper de procès". Mais la doctrine du maintien de l'ordre était au coeur des débats de la 10e chambre du tribunal correctionnel de Paris ce jeudi. Samuel E., brigadier-chef de 41 ans, comparaissait pour avoir giflé un manifestant le 1er mai. Le tribunal l'a condamné à 4 mois de prison avec sursis, mais a accepté de ne pas inscrire la peine à son casier judiciaire. Il pourra donc continuer d'exercer dans les rangs des forces de l'ordre.

"Sac à merde"

Le brigadier-chef de la Compagnie de sécurisation et d'intervention (CSI) était jugé pour "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique". La justice lui reproche d'avoir, durant le défilé parisien du 1er mai, insulté et giflé un manifestant. À la barre, le quadragénaire, crâne dégarni, pull noir et Doc Martens aux pieds, reconnaît son geste, qui a été filmé puis largement relayé sur les réseaux sociaux. C'était un "vocabulaire malheureux, familier, insultant", convient le fonctionnaire aux 18 années de carrière dans la police dont 15 dans son unité.

Mais il estime qu'il ne pouvait pas se "laisser insulter". Le prévenu assure en effet avoir entendu l'insulte de "sac à merde" prononcée par celui qui se tient sur le banc des parties civiles. Yohann, 45 ans, pull usé et oreilles percées, rétorque qu'il n'a proféré aucune injure: "Je n'ai jamais prononcé d'insulte", martèle-t-il. Et d'ajouter:

"Je suis souvent amené à bosser avec des policiers, mais je n'ai plus confiance. Je veux pouvoir aller manifester sans avoir la peur au ventre."

Sentiment d'insécurité 

Un sentiment d'insécurité partagé par la mère de Yohann, présente lors de la manifestation, et qui a tenu à témoigner auprès du tribunal:

"Tous ces moments-là, je les revois sans arrêt. J’ai peur tout le temps. Pourtant, c'est des gens que je respecte, mais je ne me sens plus en sécurité comme avant", explique aux juges la femme aux cheveux poivre et sel.

“Pour moi les défilés du 1er mai, c’est quelque chose de festif”, considère-t-elle. Une légèreté toutefois nuancée par le président, qui rappelle le contexte particulièrement tendu des manifestations qui ont lieu chaque semaine depuis près d'un an dans le cadre du mouvement des gilets jaunes. 

"On ne pourra pas expliquer nos manoeuvres si personne ne se rend compte de ce qu’il se passe autour d’eux”, abonde le chef de la CSI, venu apporter son soutien à son brigadiers-chef: 

"La première arme, c’est la parole", indique celui qui se présente aussi comme "professeur de maintien de l'ordre", "mais c'est faux de penser que dans ces moments-là, on peut parler."

Paris, "capitale mondiale de l’émeute”

Lors d'une passe d'armes avec Me Anne Giovando, l'avocate de la partie civile, le commissaire maintient qu'il y avait alors "un danger immédiat." "La violence légitime était nécessaire, on est à la limite de l’état de nécessité”, soutient-il.

“Si la gifle n'était pas bien, qu’est-ce qu’il aurait fallu faire?”, demande-t-il aux magistrats.

Dans sa plaidoirie, Me Anne Giovando a salué le “courage et la dignité” de son client pour ne pas avoir répliqué: “J’y vois une leçon de citoyenneté."

"Les policiers sont des humains", lui a rétorqué l'avocat de la défense, Me Jérôme Andrei, s'interrogeant par ailleurs sur la durée de l'Incapacité totale de travail (ITT), de 21 jours, de la victime pour "une gifle et demi". "Ce n'est pas une bavure policière", a-t-il protesté, avant de rappeler que “Paris était la capitale mondiale de l’émeute”, “ça faisait six mois qu’ils (les policiers) s’en prenaient plein à la gueule."

"Rapports difficiles" entre citoyens et policiers

Un argument insuffisant aux yeux du président, qui a donc condamné le brigadier-chef à quatre mois de prison avec sursis. Le parquet avait, lui, requis cinq mois, soulignant que l'affaire "illustre parfaitement les rapports difficiles entre citoyens et forces de l'ordre."

Le fonctionnaire devra également verser 1000 euros de dommages et intérêts, ainsi que 1000 euros pour les frais d'avocat. "J’admets avoir commis une erreur. Je vous présente sincèrement mes excuses, je ne voulais pas vous blesser ou vous humilier", a certifié le policier, se tenant face au manifestant.

Esther Paolini