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"On ne nous entend pas": la soprano Chloé Briot dénonce l'omerta dans l'opéra sur les violences sexuelles

Invitée de l'émission Affaire Suivante sur BFMTV, la soprano Chloé Briot déplore "l'isolement" subi par les professionnelles de l'opéra, qui comme elle, assurent avoir été victimes de violences sexuelles.

Dénoncer l'omerta qui règne dans le monde de l'opéra. La soprano Chloé Briot, qui accuse l'un de ses partenaires de scène d'agressions sexuelles répétées entre octobre 2019 et février 2020, était ce dimanche sur le plateau d'Affaire Suivante sur BFMTV. Elle a depuis déposé plainte et reçu le soutien de la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, qui a procédé à un signalement auprès du procureur de la République. "Les réactions nous poussent à garder le silence", déplore pourtant l'artiste aujourd'hui.

Des "actes pervers"

C'est un huis clos qui s'est joué pendant quatre mois. Lors de répétitions pour un spectacle, Chloé Briot joue un couple avec un baryton. Durant le spectacle, il y avait notamment "deux scènes de sexe extrêmement codifiées", tient-elle à souligner. Pourtant, elles ont "dérapé du côté de [s]on partenaire masculin, à plusieurs reprises".

Elle évoque des passages où "il [lui] écartait les jambes et mettaient sa tête entre [s]es jambes" ou son partenaire qui "simule des éjaculations". "Le public n'entend pas ça. C'est juste pour me soumettre, me rendre pétrifiée. C'est un acte pervers", accuse-t-elle. La soprano se souvient aussi de la "stupeur" ressentie. "On ne s'y attend pas, on est dans le cadre de son travail. J'ai été sidérée."

"Sa réponse a été de rire"

"J'ai fini par le dire au metteur en scène et à l'assistant metteur en scène que les gestes étaient déplacées. Et je l'ai dit à mon partenaire, en lui disant très clairement 'tu arrêtes de me toucher'. Sa réponse a été de rire", raconte-t-elle.

Pourtant, l'homme aurait depuis reconnu dans un mail envoyé à sa partenaire des gestes qui étaient "hors cadre des directives du metteur en scène", selon l'avocat de la plaignante, Maître Christophe-Bretonnier. Mais ce dernier a depuis déposé plainte pour dénonciation calomnieuse. "C'est un classique, une tarte à la crème en la matière. On veut décrédibiliser la victime. C'est de la communication", juge l'avocat de Chloé Briot sur notre plateau.

Isolement

Avec le recul, l'artiste ne peut qu'attester, comme dans le milieu du patinage artistique pour ne citer que lui, de l'absence de considération pour les victimes.

"Je me suis sentie seule. (...) On ne nous entend pas. On nous demande si c'était vraiment une agression, si on a pas provoqué un geste, on se retrouve complètement isolée, on se pose des questions."

Une charte existe dans le milieu de l'opéra concernant le harcèlement et les agressions sexuelles, qui oblige notamment, à chaque signalement, l'ouverture d'une enquête interne et des mesures disciplinaires. Dans son cas, la seule réaction de ses supérieurs a été "des changements d'horaires maquillage pour ne pas que l'on se croise".

Techniciennes, chanteuses, danseuses

En mars, elle décide donc de déposer plainte pour "harcèlement" et "agression sexuelle", puis choisit, fin août de révéler son histoire. "Tous les jours, je reçois un ou deux témoignages de collègues, peu importe le métier dans l'opéra, techniciennes, chanteuses, danseuses, qui me racontent ce qu'elles ont vécu. Elles se confient à moi. Il n'y a pas que mon affaire, c'est l'opéra en général, mais personne ne veut parler."

L'enquête préliminaire ouverte par le parquet de Besançon est un "signal fort", estime donc Maître Christophe-Bretonnier. Il salue également la réaction de Roselyne Bachelot, qui a "pris ses responsabilités". Elle a "sifflé la fin de la récréation", juge-t-il.

Esther Paolini Journaliste BFMTV