BFMTV

"Ne pas se laisser effrayer par l'ambiance actuelle": les futurs commissaires fiers de leur métier

Des policiers attendent devant les locaux de la DDSP (Direction départementale de la Sécurité publique) le 30 septembre 2008 à Bobigny. (image d'illustration)

Des policiers attendent devant les locaux de la DDSP (Direction départementale de la Sécurité publique) le 30 septembre 2008 à Bobigny. (image d'illustration) - JACQUES DEMARTHON - AFP

Au mois de septembre, 65 élèves entreront en école de commissaires et 93 en école d'officiers. Ils étaient des milliers à avoir passé le concours, et ce malgré les critiques adressées à la maison police.

"A 30 ans, c'était le moment ou jamais de changer de vie." Pauline* n'était pas prédestinée à ce métier mais en 2018 elle n'a pas hésité à abandonner son job de journaliste, après six ans de pratique à la fois en rédaction mais aussi en indépendante, pour devenir policière. Après avoir intégré en début d'année l'école d'officiers, elle a passé cette année le concours de commissaires et intégrera l'école à la fin du mois d'août.

"J’ai eu le déclic en école de journalisme lors d’une rencontre avec le chef de division des CRS Nord", raconte la jeune femme. "Il se battait pour ses effectifs, il les représentait, il représentait l’institution. Cette rencontre m’est restée en tête. Je regardais mes collègues journalistes police-justice et je me disais que j'avais envie d’être au cœur des enquêtes."

Concours sélectif

Une prépa d'un an, des épreuves écrites, des oraux, des épreuves sportives éliminatoires très sélectives et Pauline fait aujourd'hui partie des 32 admis au concours externe cette année pour intégrer l'école de commissaires sur 1016 inscrits. Des candidats qui s'engagent ainsi dans une nouvelle voie. 33 autres candidats ont eux été reçus via le concours interne à la police. Tous les postulants interrogés par BFMTV.com font part de leur volonté de se rendre utile.

"J’avais le désir de me mettre au service des autres et être au service d’un idéal qui est celui de servir la sécurité au quotidien", explique Charles. "C'est une mission fondamentale. Vivre en sécurité permet de vivre libre." Le jeune homme de 25 ans travaillait jusqu'alors dans une association qui aide et accompagne les personnes prostituées. Un travail dans le social pas si éloigné du métier de commissaire qu'il va, dans les prochains mois, exercer.

"Le commissaire a un œil sur son service, il doit prendre en compte la situation de chacun, mais il a aussi un œil sur l’extérieur, avec des liens avec les élus, le maire, la police municipale ou les associations", estime Pauline. "Ce n’est finalement pas très éloigné du travail de journaliste où on multiplie les sources."

Fierté et peur

Tous les deux n'étaient finalement pas destinés dans un premier temps à embrasser cette carrière, mais ont reçu le soutien de leur famille. "Mes proches se sont rendu compte qu'étant dans le social je connaissais la réalité du terrain", note Charles. Marie*, jeune femme de 29 ans, actuellement contractuelle au ministère de l'Intérieur, a confirmé son désir de devenir de devenir commissaire grâce à cette première expérience professionnelle. Elle entrera en août à l'école d'officiers aux côtés des 47 autres candidats reçus au concours externes.

"Mes proches n'ont pas exprimé de réticence, il y a un sentiment de fierté mais aussi de peur", raconte-t-elle. "Évidemment j'ai eu quelques réflexions du genre: 'Tu vas aller casser des manifestants!'"

Les aspirants commissaires intègrent la maison police dans un contexte de défiance de la population après la longue séquence du mouvement des gilets jaunes marquée par des violences mais aussi par les accusations de racisme. Charles raconte faire preuve de "pédagogie". "Il ne faut pas généraliser les actes commis individuellement, le raccourci est facile, il y a une sorte d’injustice", souffle Marie. "Un jour, on nous dit qu’on est des héros, le lendemain, on nous dit de nous suicider. Le policier est pratique, c’est une cible exutoire. C'est une belle institution, il ne faut pas se laisser effrayer par l'ambiance actuelle."

"Je me sens touchée directement", souffle Pauline, actuellement en stage comme lieutenant. "Ca fait de la peine, d’autant plus quand on a une vision de l’intérieur. Les policiers sont impliqués dans leur métier, ils travaillent sans cesse pour arriver à résoudre des enquêtes. Ca me touche quand des collègues font des erreurs, cela jette un discrédit."

"Responsabilité lourde"

Charles concède lui que "le policier se doit d'être irréprochable". "Être policier c'est avoir une responsabilité lourde", poursuit le jeune homme de 25 ans. "Il ne faut pas être manichéen, on n'est pas juste des bourrins qui appliquent la loi." Pour lui, il faut rappeler que le policer est "au service des autres" avant tout.

Pauline reconnaît que "le discours anti-police pèse sur le moral". En devenant commissaires ou officiers, ils devront notamment gérer ce mal-être dans l'institution police, qui s'est traduit par une vague de suicides.

"C'est impossible de s'y préparer", estime l'ancienne journaliste. Son futur camarade de promo pense qu'il faut trouver "un équilibre" entre "le cap à fixer" et "l'écoute".

* Les prénoms ont été changés

https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV