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Mort de Clément Méric: "les JNR de Serge Ayoub vont être dissoutes"

Serge Ayoub

Serge Ayoub - -

Le leader du groupuscule d'extrême droite des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), Serge Ayoub, était entendu vendredi après-midi par les policiers enquêtant sur la mort du militant d'extrême gauche Clément Méric. Quel est le poids des extrémistes de droite en France, quelle place pour Serge Ayoub?

Patrick Moreau est chercheur au CNRS, politologue et historien. Spécialiste des mouvements extrémistes, tant de gauche que de droite, en particulier en France et dans le monde germanique, il analyse pour BFMTV.com les groupuscules extrémistes français ainsi que leur place en Europe au lendemain de la mort de Clément Méric, militant d'extrême gauche et alors que le leader des JNR, Serge Ayoub est entendu par les enquêteurs.

Les groupuscules d’extrême droite sont placés sur le devant de la scène depuis l’incident qui a conduit à la mort tragique de Clément Méric ce jeudi. Quelle est leur importance en France?

Dans les grandes largeurs et avec toutes ses divergences, le mouvement peut concerner près de 2000 personnes en France aujourd’hui. Le "Printemps français" que l’on a vu surgir récemment n’a pas de structure fixe à l’inverse du mouvement des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) qui est organisé par exemple. C’est certainement le seul d’ailleurs. Un groupe qui se nomme "Le Lys Noir" et qui est composé de monarchistes prônant une révolution militaire vient aussi d'apparaître. Une seule personne créant une page Internet peut revendiquer un mouvement.

Mais, en France, une manifestation "de masse" des identitaires regroupe 30 personnes, le 1er mai, rassemblement historique des groupuscules extrémistes de droite où les affrontements avec l'extrême gauche et notamment les "Antifas" est une tradition, il y en a une cinquantaine. Ils restent des groupes marginaux.

Pourtant, il est évoqué un retour au premier plan de ces groupuscules…

C'est une période de transition en ce moment, et il existe depuis longtemps deux hypothèses quant à leur avenir. Soit l’absorption si un parti, du type Front national (FN), se développe tellement qu’il parvient à intégrer les membres de ces groupuscules en son sein. Soit la non-absorption. Dans ce cas de figure, le parti devient tellement institutionnalisé qu’il perd de sa radicalité ce qui entraîne le développement d'une extrême droite dure à sa marge.

Ces groupes n’ont que deux créneaux de visibilité face aux partis acceptés: le chemin intellectuel et le chemin violent. L’extrême droite cherche la violence pour exister et les manifestations anti-mariage homosexuel ont été, récemment, l’occasion de revenir sur le devant de la scène. Il n’y a pas eu de calcul dans le cas de Clément Méric, c’est un incident tragique entre deux groupes qui aiment la castagne. Depuis 2005, il y a eu des dizaines de cas similaires de bagarres très violentes.

Désormais, même si l’extrême gauche est en déclin, l’antifascisme va être un moyen de fédérer. On risque d’aller vers des affrontements durs et une volonté collective de "virer les fachos" comme ce fut le cas dans les années 70/72 dans les universités comme Assas.

L’insatisfaction collective est propice à la violence et l’on sort des barres de fer partout aujourd’hui en Europe.

Quel rôle joue le fondateur des JNR Serge Ayoub dans le paysage de l’extrême droite française?

Serge Ayoub est à l’origine des JNR mais aussi de "Troisième voie". Dans le premier groupe l’on retrouve une sorte de garde rapprochée censée assurer sa sécurité personnelle. Dans le second ce sont plutôt de jeunes personnes, comme le sont peut-être les interpellés dans l’enquête sur le meurtre de Clément Méric.

Serge Ayoub n’est pas un intellectuel, il s’inspire largement des théories nationales socialistes révolutionnaires d'Otto Strasser, ancien membre du parti nazi, mais il n’a pas d’idéologie réelle. Il doit sa notoriété, et son surnom "Batskin" en témoigne, à ses actions violentes.

Quel avenir pour ce groupe lorsque François Hollande parle, suivi par l’opposition, de dissolution?

Les JNR vont être interdites et dissoutes, c’est une évidence. Il existe assez d’éléments pour les supprimer. La mise en scène, le fait de porter l’uniforme noir constitue un élément suffisant. C'est juridiquement recevable pour dissoudre ce groupe. Et Serge Ayoub, qui a tenté de dédouaner les JNR dans les médias, n’a aucune option pour éviter cela.

Le gouvernement se doit de sonner un signal fort mais comme le montre l’exemple allemand, la dissolution systématique n’empêche pas les reconstitutions informelles. Et puis le risque c’est que plus on tape sur l’extrême droite, plus elle se radicalise.

Parmi les personnes placées en garde à vue il y a deux femmes, loin des images de gros bras tatoués qui circulent sur ces groupes. Cela vous surprend-il?

On constate une montée en puissance des femmes dans les mouvements violents à l’échelle européenne. Dans les groupes de l’extrême droite dure en Italie ou en Allemagne les femmes sont très présentes et l’extrême gauche terroriste a toujours compté des femmes dans ses membres actifs. C'est un constat d'ensemble mais pas principalement une nouveauté bien que les femmes paraissent rechercher la violence aujourd'hui, y compris physique.

Vous parlez de l’Italie et de l’Allemagne, quels sont les liens entre les groupuscules extrémistes à l’échelle européenne?

Au niveau des skinheads, il existe des relations transnationales et des rencontres sont organisées depuis très longtemps. Mais ce sont des réunions informelles puisqu’aucun de ces groupes, quel que soit le pays d'origine, n’a les moyens de bâtir une "Internationale" crédible et puissante.


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Propos recueillis par Samuel Auffray