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Mort d'Adama Traoré: de nouvelles investigations demandées

Manifestants en mémoire de Lamine Dieng, le 20 juin 2020 à Paris, avec au 1er rang, Assa Traoré, soeur d'Adama Traoré, également victime selon sa famille de violences policières

Manifestants en mémoire de Lamine Dieng, le 20 juin 2020 à Paris, avec au 1er rang, Assa Traoré, soeur d'Adama Traoré, également victime selon sa famille de violences policières - Alain JOCARD © 2019 AFP

Les magistrats espèrent que la poursuite des recherches permettra la découverte de nouveaux témoins, qui auraient pu assister à la première interpellation du jeune homme.

Une semaine après l'audition de deux témoins qui n'avaient jamais été entendus par les juges d'instruction en charge de l'enquête en juillet 2016, les investigations sur la mort d'Adama Traoré se poursuivent. De nouvelles investigations ont été demandées par les magistrats, a appris BFMTV de source proche du dossier ce jeudi.

Ils souhaitent notamment se pencher sur le passé judiciaire du premier témoin, chez qui Adama Traoré s'était réfugié dans un premier temps le jour de sa mort. De plus, ces nouvelles investigations visent également à rechercher d'autres témoins qui auraient pu assister à la première interpellation du jeune homme.

"Cette affaire mérite une enquête effective"

Pour Me Yassine Bouzrou, avocat de la famille Traoré, ces avancées sont importantes. "Cela fait des années que nous demandions l'audition de ces témoins clés", assure-t-il.

"Ces auditions ont permis une avancée majeure dans ce dossier car, d'une part, nous avons eu la confirmation qu'Adama Traore n'etait pas en détresse respiratoire, ce qui invalide les expertises judiciaires qui exonèrent les gendarmes. D'autre part, ces auditions conduisent enfin les magistrats instructeurs à ordonner spontanément des investigations."

"Ces nouveaux actes montrent que la demande de clôture de l’instruction des gendarmes est rejetée et que les magistrats instructeurs comprennent peut-être enfin que cette affaire mérite une enquête effective", conclut l'avocat.

Les avocats des gendarmes voulaient la clôture de l'instruction

Les avocats des gendarmes, qui n'ont pas été mis en examen, Me Sandra Chirac-Kollarik, Me Rodolphe Bosselut et Me Pascal Rouiller, avaient annoncé la semaine passée qu'ils allaient demander la clôture de l'instruction, estimant qu'il était "temps de mettre un terme à ce dossier" où figurent "plus de 2400 procès-verbaux".

"Ces investigations ne me paraissent pas essentielles. Elles concernent la première interpellation dont les circonstances ont déjà été établies", a réagi Me Rodolphe Bosselut à l'annonce de cette nouvelle demande des magistrats.

Une bataille d'expertises

Près de quatre ans après les faits, l'enquête judiciaire est avant tout devenue une bataille d'expertises médicales. Closes en décembre 2018, les investigations avaient été rouvertes par les juges en mars 2019 après la remise d'un rapport médical réalisé à la demande de la famille qui contredisait les conclusions sur le décès.

Si sept experts missionnés par la justice ont jusqu'ici mis en avant des antécédents médicaux -notamment cardiaques et génétiques - pour expliquer ce décès, dédouanant ainsi les gendarmes, les rapports de quatre médecins choisis par la famille ont balayé leurs conclusions et pointé la technique d'interpellation des forces de l'ordre.

Après une ultime expertise judiciaire qui mettait hors de cause les militaires, la famille du jeune homme a réalisé depuis fin mai de nombreuses demandes d'actes, dont l'annulation de cette expertise.

Mélanie Vecchio avec Hugo Septier et AFP