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Selon un témoin, Adama Traoré a dit "je vais mourir" avant l'arrivée des gendarmes

La famille d'Adama Traoré estime que les gendarmes ont changé de version.

La famille d'Adama Traoré estime que les gendarmes ont changé de version. - AFP

Deux témoins, jamais entendus par les juges d'instruction en charge de l'enquête sur la mort d'Adama Traoré en juillet 2016, sont auditionnés ce jeudi.

Que s'est-il passé juste avant et pendant l'interpellation d'Adama Traoré? C'est ce qu'essaient de savoir les juges d'instruction en charge de l'enquête sur la mort du jeune homme en juillet 2016, qui auditionnent ce jeudi deux témoins. Interrogé pendant plus de 4 heures, le premier temoin, un habitant de Beaumont-sur-Oise où s'était réfugié Adama Traoré après une première interpellation, a apporté des précisions aux magistrats.

Selon ses dires, Adama Traoré lui a lancé "Je vais mourir" juste avant l'arrivée des gendarmes.

Quatre heures d'audition

Le 19 juillet 2016, les gendarmes, venus pour arrêter le frère d'Adama Traoré, s'étaient mis à la poursuite du jeune homme de 24 ans qui avait pris la fuite à leur approche. Il s'était alors réfugié chez un habitant de Beaumont-sur-Oise qui avait appelé les forces de l'ordre. Les gendarmes l'avaient alors interpellé, avant qu'Adama Traoré décède dans la cour de la caserne de gendarmerie de Persan.

Lors de son unique audition devant les enquêteurs, le témoin avait raconté qu'Adama Traoré était arrivé chez lui en mauvais état. Le jeune homme était au sol, essouflé, avait d'importantes difficultés à respirer. Lors de son audition qui a débuté ce jeudi matin vers 10 heures, l'homme, qui ne s'était pas présenté à une première convocation à l'automne dernier, a dit ne pas reconnaître ces termes d'"essouflement" ou de "respiration bruyante".

Version contre version

Ces nouvelles déclarations provoquent une bataille entre les avocats des deux parties, qui continuent d'opposer expertises et rapports médicaux. "Ce témoin s'est rétracté, a fait une déclaration différente de ce qu'il avait dit à l'époque aux gendarmes enquêteurs et il a affirmé que les éléments contenus dans son procès-verbal d'audition étaient faux, qu'il n'avait jamais donné certains éléments, donc aujourd'hui il a donné sa vérité", estime Me Yassine Bouzrou, l'avocat de la famille Traoré.

Et d'ajouter: "Il a donné un élément extrêmement important, il a dit qu'Adama Traoré ne souffrait pas de détresse respiratoire, ne respirait pas bruyamment avant l'interpellation et qu'il n'avait jamais jamais dit ça."

Cette interprétation des parties civiles est totalement contredite par l'avocat de la défense. "Ca a été une audition complète, exhaustive (...) durant laquelle ce témoin a confirmé la version qui était la sienne précédemment et notamment sur un point extrêmement important qui est l'état d'épuisement dans lequel Adama Traoré arrive à son domicile en ayant même ajouté aujourd'hui qu'Adama Traoré lui aurait dit, avant que les gendarmes interviennent, 'Je vais mourir'", affirme pour sa part Me Rodolphe Bosselut, l'avocat des gendarmes qui ont interpellé le jeune homme.

Alexandra Gonzalez avec Justine Chevalier