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Monique Olivier, la pierre angulaire de l'affaire Fourniret

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- - FRANCOIS LO PRESTI / AFP

Michel Fourniret devait être confronté dans la matinée à son ex-femme, Monique Olivier, pour la première fois depuis plus de dix ans, dans l'espoir de nouveaux aveux. A la fois complice et dénonciatrice, cette mère de famille de 69 ans est depuis le départ au cœur du dossier Fourniret.

Elle est à la fois sa muse, sa complice et celle qui a précipité sa fin. Michel Fourniret devait être confronté ce vendredi matin à son ex-femme, Monique Olivier. Les enquêteurs espèrent ainsi obtenir de nouveaux éléments permettant de retrouver le corps de Marie-Angèle Domèce, disparue en 1988 à Auxerre.

Les enquêteurs le savent: la confrontation avec Monique Olivier pourrait bien faire basculer l'enquête, la personnalité de sa troisième épouse étant depuis le départ au cœur du parcours criminel de Michel Fourniret. Le moteur des meurtres d'abord, puisque l'"ogre des Ardennes" n'avait jamais tué avant de rencontrer Monique Olivier ; le moteur de l'enquête ensuite, puisque c'est elle qui, en 2004, au terme d'un an d'interrogatoire, finira par livrer son mari.

"Enlèvements, etc."

Longtemps présentée comme soumise aux fantasmes de son époux, Monique Olivier a en réalité joué un rôle bien plus actif dans la série d'assassinats qui a ensanglanté le nord-est de la France et la Belgique dans les années 1990. Peu après leur rencontre, par le biais d'une petite annonce restée célèbre - "Prisonnier aimerait correspondre avec une personne de tout âge pour oublier solitude" -, Michel Fourniret, alors incarcéré pour des agressions sexuelles, et celle qu'il appelle tour à tour sa "mésange", sa "princesse aux pieds nus" ou "Natouchka" se lancent dans une correspondance enflammée.

Leurs lettres montrent que Monique Olivier était parfaitement au courant du projet criminel de l'"ogre des Ardennes", ce, avant même qu'il ne débute. 

Ainsi, cette litanie morbide que lui adresse Fourniret en 1987, en vue de sa sortie prochaine de prison: "Régler les comptes avec la famille. Passer mon temps à rêver. Avoir assez d'argent pour oublier l'argent. Disposer d'une jeune fente. Plaisir du risque. Enlèvements, etc". Monique Olivier, alors garde-malade à Nîmes, lui répond que "[le] seconder [lui] ferait plaisir".

Les deux scellent alors un pacte criminel: elle l'aidera à enlever et tuer des jeunes filles ; en échange, lui se chargera de liquider ses anciens compagnons, et, notamment, celui qui a pris la sacro-sainte virginité de Monique Olivier.

La mèche et l'allumette

Et ce pacte ne tarde pas à se mettre en place, puisque le couple criminel commet son premier meurtre trois mois seulement après la libération de Michel Fourniret. Redoutablement intelligente -elle serait dotée d'un QI de 130-, Monique Olivier ruse et permet à son époux d'attirer ses victimes dans se filets.

Enceinte puis accompagnée de leur jeune fils, Selim, elle joue les cautions et permet de tromper la vigilance des adolescentes prises en auto-stop. En 1988, à Châlons-en-Champagne, elle feint un malaise pour faire monter la jeune Fabienne Leroy dans leur voiture. Comble de l'horreur, elle fait la toilette intime de la petite Elisabeth Brichet, 12 ans, afin de la "préparer" pour son mari.

Lors du procès, un avocat des parties civiles résumera son rôle dans la trajectoire criminelle de son époux par cette formule:

"Il est la mèche, elle est l'allumette."

Celle qui avoue

Partie prenante de ses meurtres, elle est pourtant, et c'est tout le paradoxe, celle qui signera l'arrêt définitif de leur parcours criminel. Nous sommes le 29 juin 2004. Après un an d'interrogatoires infructueux, Michel Fourniret est sur le point d'être relâché quand Monique Olivier craque et déroule devant les enquêteurs la liste des victimes de son mari.

Peut-être dans l'espoir d'un verdict plus clément, elle dépasse toutes les attentes de la police puisqu'elle avoue des crimes pour lesquels les enquêteurs n'ont pas le début d'une preuve - comme celui d'une mystérieuse baby-sitter qui n'a, à ce jour, toujours pas été identifiée. 

C'est également Monique Olivier qui, en 2005, accuse la première son mari d'avoir tué Marie-Angèle Domèce et Joanna Parrish, avant les aveux du principal intéressé, en février, ouvrant la voie à une nouvelle procédure judiciaire. C'est encore elle qui, en 2015, confiera à ses co-détenues qu'elle a fourni un faux alibi à son époux pour le soir de la disparition d'Estelle Mouzin.

Michel Fourniret et Monique Olivier ont divorcé par consentement mutuel en 2010, après plus de 20 ans de mariage. Incarcérée dans une prison bretonne, Monique Olivier purge actuellement une peine de prison à perpétuité, assortie d'une durée incompressible de 28 ans, pour complicité de crimes. Dans le meilleur des cas, elle sortira de prison à l'âge de 87 ans.

Claire Rodineau