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Millas: un rapport met en cause la conductrice

Le bus avait été coupé en deux lors du drame de Millas, dans les Pyrénées-Orientales.

Le bus avait été coupé en deux lors du drame de Millas, dans les Pyrénées-Orientales. - Capture BFMTV

Un rapport d'expertise rendu à la juge d'instruction en charge de la collision de Millas exclut tout dysfonctionnement dans le système du passage à niveau, mais confirme un freinage d'urgence de la conductrice, alors sous médicament à cette époque.

Depuis près d'un an, des témoignages contradictoires sont avancés sur les circonstances du drame de Millas. Des expertises viennent trancher. Un rapport, remis ces derniers jours à la juge d'instruction en charge du dossier sur la collision entre un TER et un car scolaire, exclut tout dysfonctionnement de la barrière du passage à niveau. Il confirme, à l'inverse, un freinage brutal de la conductrice du bus, un freinage effectué trop tard pour éviter l'accident. 

"L’origine de cet accident provient d’un freinage tardif de la conductrice de l’autocar", tranche les experts dans leurs conclusions consultées par Le Parisien.

Selon nos informations, l’entreprise qui emploie la conductrice, a fait une demande de constitution de partie civile pour avoir "accès à la totalité des pièces et enfin se défendre, défendre l’entreprise et défendre Nadine", sa conductrice.

Un seul obstacle, la barrière

Le 14 décembre 2017, six enfants avaient trouvé la mort quand un car scolaire avait percuté un TER sur un passage à niveau à hauteur de Millas, dans les Pyrénées-Orientales. La conductrice du car, dans lequel se trouvaient 23 élèves du retour du collège, a été mise en examen pour "homicides et blessures involontaires par imprudence". Cette femme de 48 ans a toujours assuré à la justice que la barrière n'était pas fermée quand elle s'est engagée sur le passage à niveau.

"Après avoir effectué sa délicate manœuvre d’insertion sur la départementale 612 et après avoir accéléré jusqu’à 12 km/h, la conductrice de l’autocar (…) se rend compte de la présence d’un obstacle devant son autocar et elle écrase la pédale de frein", constatent à l'inverse les experts mandatés par la justice.

Au terme de près de 10 mois de travail, la dizaine d'experts qui a travaillé sur l'accident, qui ont analysé le car, le train, la barrière, entre autres, conclut que "le seul obstacle pouvant se trouver devant son autocar dans son couloir de circulation nécessitant d’écraser la pédale de frein est la présence de la barrière fermée du passage à niveau numéro 25". Que s'est-il passé ce jour-là pour que la conductrice ne freine pas plus tôt? C'est ce que la justice essaie de savoir alors que cette dernière prenait des somnifères depuis plusieurs années.

Multiples coupables

Après la prise en compte de ce rapport, la juge d'instruction du tribunal de Marseille a ainsi ordonné qu'un ORL et un ophtalmologue examinent la conductrice afin de déterminer si son traitement médicamenteux pourrait avoir un influence sur son acuité visuelle et auditive. "Je pense qu’elle est coupable d’avoir été soigné par un médecin incompétent et irresponsable qui lui a prescrit des somnifères dont les effets secondaires sont gravissimes sans l’avoir mis en arrêt de travail alors qu’elle conduisait des enfants", estime Me Jehanne Collard, avocate de trois familles endeuillées.

"Je pense que la médecine du travail, qui savait, l’a néanmoins laissée conduire des enfants", poursuit l'avocate.

Du côté des familles des victimes, on accueille ce rapport avec prudence qui ne fait que confirmer les premières impressions. "Depuis le début je dis que la faute est à tout le monde, à commencer par le conseil général, la maire de Millas, la médecine du travail qui n’avait pas à faire travailler Nadine qui était sous médicament. La médecine du travail est là pour ça", confie Suzanne Fabresse, la grand-mère de l'une des victimes. "Je ne l’accablerai jamais, je l’ai toujours dit, pour la bonne raison que c’est l’une des dernières personnes qui a vu mon petit-fils vivant."

Justine Chevalier