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Militant agressé: "il y a un discours qui favorise les violences"

La ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, s'est exprimé sur les lieux de l'agression.

La ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, s'est exprimé sur les lieux de l'agression. - -

REACTIONS - Clément Méric, militant d'extrême gauche de 18 ans, est mort après une altercation avec des "skinheads" mercredi soir à Paris. L'influence du Front national et de la Manif pour tous est évoquée par plusieurs responsable de gauche.

Un combat "extrême gauche contre extrême droite". Voilà comment une source policière décrit l'agression qui a causé la mort de Clément Méric, 18 ans. Le jeune homme a été victime mercredi soir d'une altercation avec un "groupe de skinheads", a confirmé François Hollande depuis le Japon.

L'affaire prend un tournant politique ce jeudi. BFMTV.com fait le point sur les positions de chaque camp après cette agression.

> La gauche attaque

Premier à réagir: le Parti de gauche, qui a annoncé l'agression. Pour Alexis Corbière, secrétaire national du parti, "l'extrême droite a tué à Paris". Sur son blog, l'élu parisien met en cause les Jeunesses nationalistes révolutionnaires, une organisation radicale dont le leader a démenti toute implication dans le drame.

"Le Parti de gauche exige la dissolution des groupes d’extrême droite qui multiplient les actes de violence à Paris et à travers le pays depuis plusieurs semaines", ajoute Alexis Corbière. Une demande appuyée par Europe Ecologie-les Verts.

Le patron du groupe EELV au Sénat, Jean-Vincent Placé a lié cette agression au climat créé par le mouvement d'opposition au mariage homosexuel. Sur i-Télé, il a dénoncé "des dérives, y compris d'ailleurs de l'UMP, qui était un parti républicain, qui a abandonné ensuite la stigmatisation de FN" avec le "ni-ni" (ni PS ni FN) au second tour d'élections.

Plus tôt, Pierre Bergé avait lui aussi accusé les anti-mariage homosexuel, affirmant dans un de ses tweets que "la Manif pour tous a accepté dans ses rangs ces fachos qui ont tué Clément".

Malgré tous ceux qui m'insultent, je le redis #lamanifpourtousa accepté dans ses rangs ces fachos qui ont tué Clément. A eux de réfléchir.
— Pierre Bergé (@pvgberge) 5 juin 2013

"Ce crime" perpétré contre un "militant syndicaliste étudiant anti-fasciste, engagé" (...) appelle un sursaut", nécessitant "de la part de tous les responsables politiques une réaction forte, intransigeante", a pour sa part estimé Harlem Désir, premier secrétaire du PS. Il a appelé "toutes les formations politiques à se joindre" à son appel en faveur de la dissolution des "groupes d'extrême droite". "Il est temps de mettre ces groupes hors d'état de nuire".

> Le FN dément tout lien

Si l'agression a effectivement un caractère politique, les militants d'extrême droite à son origine ont-ils un lien avec le Front national? Pas du tout, dément farouchement Marine Le Pen. "Le FN n'a aucun rapport, ni de près, ni de loin, avec cette agression", a-t-elle affirmé sur RTL.

Pourtant, selon un témoin de la scène interrogé par par la radio, l'un des agresseurs portait un tee-shirt à l'effigie du FN. "Ce genre d'amalgame est scandaleux, j'aimerais bien avoir l'identité de ce témoin", a réagi Marine Le Pen sur les ondes. "Vous n'avez strictement aucune preuve. J'attends de voir ce que la justice dira", a-t-elle répliqué.

> La Manif pour tous se défend

La Manif pour tous a elle aussi démenti toute influence sur l'agression. Le collectif a dit, sur Twitter, "renouvelle avec force sa condamnation de toute forme de violence".

De son côté, Frigide Barjot a tenu à nier tout lien avec les groupuscules d'extrême droite parfois violent: "J'ai vu qu'il y avait de plus en plus de groupuscules qui s'infiltraient dans la Manif et que les dirigeants de la Manif que je ne suis pas allé". Sur i-Télé, la chef de file des anti-mariage a annoncé qu'elle allait porter plainte contre Pierre Bergé pour diffamation.

> L'UMP condamne... et parle de "récupération"

Jean-François Copé, président de l'UMP, a "condamné avec la plus grande force l'agression barbare" dans un communiqué. "Toute la lumière devra être faite sur ce crime atroce dont les auteurs devront être poursuivis par la Justice", a-t-il réclamé.

Candidate de la droite à l'élection municipale parisienne de 2014, Nathalie Kosciusko-Morizet exprime elle aussi son émotion face à l'agression, mais se fait plus véhémente sur le plan politique, dénonçant la violence, "un cancer pour la démocratie".

Dans un communiqué, l'ancienne porte-parole du candidat Nicolas Sarkozy condamne également "la violence dans les actes comme la violence dans les mots, instillés dans les discours, camouflés derrière des revendications identitaires, la violence du rejet des différences, la violence qui fait de la controverse politique un exercice de haine".

La déléguée générale adjointe de l'UMP, Valérie Debord, le député UMP, Luc Chatel, et l'eurodéputée UMP, Rachida Dati, ont dénoncé dans l'après-midi une "tentative de récupération politique" par la gauche. "Un jeune homme est en état de mort cérébrale, une famille est anéantie et la seule réaction de certaines personnes est la récupération politique !" a dénoncé Valérie Debord dans un communiqué, en appelant à "un minimum de décence face à un drame". Luc Chatel, a également dénoncé dans un communiqué "des propos indignes et odieux du 1er secrétaire du PS". L'ancienne garde des Sceaux Rachida Dati a également appelé Harlem Désir à "cesser d'instrumentaliser ce drame".

> L'exécutif tempère

Sur les lieux de l'agression, Manuel Valls a confirmé qu'un "groupe d'extême droite est au coeur de l'assassinat", mais s'est montré prudent sur le plan politique.

Interrogé sur les liens avancés par certains entre les agresseurs et le Front national ou la Manif pour tous, le ministre de l'Intérieur a botté en touche, expliquent "se méfier de tous les amalgames" et évoquant une rencontre "fortuite" entre Clément et ses agresseurs.

"Ces derniers mois, il y a une parole qui s'est libérée", a toutefois reconnu Manuel Valls. "Il y a parfois un discours qui favorise les passages à l'acte, il faut que nous y prêtions attention."


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Mathieu Dehlinger