BFMTV

Merah, Kouachi, Azimov: fichés des renseignements, ils sont passés à l'acte

La vitrine d'un restaurant rue Monsigny, à Paris, où Khamsat Azimov a été abattu le 12 mai au soir.

La vitrine d'un restaurant rue Monsigny, à Paris, où Khamsat Azimov a été abattu le 12 mai au soir. - Eric Feferberg - AFP

Khamzat Azimov, qui a tué un passant et blessé quatre autres personnes ce samedi soir à Paris avant d'être abattu, était fiché S. De nombreux auteurs des attaques qui ont horrifié l'Hexagone ces dernières années étaient également connus des renseignements au préalable.

Khamzat Azimov, né en Tchétchénie en 1997 et naturalisé français en 2010 à la suite de sa mère, a tué, armé d'un couteau, un jeune homme ce samedi au soir et a blessé quatre autres personnes. Si Azimov était inconnu de la justice, les services de renseignement avaient un œil sur lui. Il était en effet fiché S depuis 2016 et était inscrit au FSPRT, le Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste.

Il y a un an, il s'était rendu à une audition réalisée par la section antiterroriste de la brigade criminelle. L'homme avait été entendu en tant que simple témoin, en raison de sa relation avec un homme, marié avec une femme radicalisée et présente en Syrie.

La fiche S: un outil, "un indicateur" 

20.000 personnes étaient fichées S, dont le S renvoie à "Sûreté", pour divers motifs en France en novembre 2015, selon des propos tenus à l'époque par Manuel Valls. Découpé en seize niveaux de vigilance, le registre sert avant tout à se tenir au fait des déplacements des individus surveillés. Il s'agit d'un outil plutôt que d'une arme: "C'est plus souvent un indicateur, une espèce de thermomètre sur lequel il faut veiller en permanence et qu'il faut alimenter pour qu'elle soit efficace", nous expliquait un policier en août 2015.

La fiche S peut ouvrir à des surveillances mais ses conséquences ne sont pas systématiques. Si un individu fait l'objet d'une fiche S est se trouve interpellé ou contrôlé, cet événement doit en revanche impérativement être notifié aux services de renseignements. Enfin, la fiche S est mise à jour tous les deux ans. 

Au premier rang: Mohamed Merah 

Ce n'est pas la première fois qu'un homme responsable d'une attaque en France est déjà sous le coup d'une fiche S, d'un suivi ou est connu d'une quelconque façon par les renseignements. Le Figaro a dressé la liste dans cet article, publié initialement à l'été 2016 et remis à jour ce dimanche. 

Au premier rang, on y trouve le tueur de la Haute-Garonne, le jihadiste Mohamed Merah. Celui-ci avait tué des militaires les 11 et 15 mars puis des Français juifs le 19 mars. Depuis octobre 2006, il était connu de ce qu'on appelait encore les Renseignements généraux. 

L'homme avait tout de même pu se rendre au Moyen-Orient au cours des années suivantes, comme en 2010 où il était passé par l'Afganistan, puis, quelques mois plus tard, en 2011, au Pakistan. 

Deux ans après la mort de Mohamed Merah le 23 mars 2012 à Toulouse, une fusillade ensanglantait le musée juif de Bruxelles. Le 24 mai 2014, quatre personnes y ont été tuées. Mehdi Nemmouche a été arrêté et est suspecté d'être l'auteur de l'attaque. Lui aussi était connu du renseignement bien que de fraîche date au moment des faits. Revenu en Europe en mars 2014, après un séjour d'un an en Syrie, il avait été immédiatement fiché S par la DGSI. 

Repérés avant les attentats de janvier 2015

Les assassins de la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, les frères Chérif et Saïd Kouachi, liés à la filière des Buttes-Chaumont du nom d'un quartier parisien, avaient eux aussi suscité l'intérêt professionnel des services dédiés. En 2005, Chérif Kouachi est arrêté alors qu'il s'apprête à tenter de rejoindre des jihadistes en Syrie. Il est condamné à trois ans de prison dont dix-huit mois ferme. En 2011, c'est Saïd Kouachi dont les Américains signalent, à l'adresse de leurs confrères des renseignements français, la présence dans un camp d'entraînement d'al-Qaïda au Yémen. Cette information a déclenché la mise en place d'écoutes et d'une surveillance physique. Mais le suivi a baissé en intensité en 2014 faute de détection d'éléments concluants.

Les attentats de janvier ont marqué du sceau de l'infamie un troisième nom: Amedy Coulibaly. Le 8 janvier 2015, il abattait la policière Clarissa Jean-Philippe à Montrouge. Le lendemain, il faisait quatre morts dans le magasin parisien de l'Hyper Cacher au cours de la prise d'otages qu'il y avait orchestrée. Mais la spirale jihadiste de l'individu était connue au préalable: en 2010, il avait essayé de favoriser l'évasion du terroriste islamiste Smaïn Aît Ali Belkacem, écopant en décembre 2013 de cinq ans de prison. Il avait, après sa sortie, été contrôlé plusieurs fois. 

Sid Ahmed Ghlam et Yassin Salhi un temps dans le viseur 

Sid Ahmed Ghlam est quant à lui soupçonné d'avoir tué par balles Aurélie Châtelain le 19 avril 2015 à Villejuif et d'avoir projeté un attentat contre une église durant la messe. Son plan présumé a tourné court lorsque dans la matinée du 19 avril, il appelle le Samu pour des blessures consécutives à des tirs: il semble qu'il se soit lui-même tiré dessus. Il est alors arrêté et incarcéré à Fresnes. En février 2014, il avait été placé en garde à vue et fiché S après un séjour en Turquie, possible prélude à un départ en Syrie. A la même époque, son frère s'était inquiété auprès des autorités de la radicalité religieuse grandissante de Sid Ahmed Ghlam. Auditionné et surveillé dans ses communications téléphoniques, cette vigilance n'avait alors rien donné. 

Yassin Salhi, qui s'est depuis suicidé en prison, a assassiné puis décapité son patron le 26 juin 2015 dans l'Isère. Ce crime qui avait horrifié le pays rendait un écho du parcours de l'individu. Sa radicalité lui avait valu une fiche S entre 2006 et 2008. Ses liens, établis entre 2011 et 2014, avec des salafistes avaient à nouveau interpellé les renseignements.

Il s'en est fallu de peu et de quelques militaires américains présents à bord pour qu'Ayoub El Khazzani n'exécute un carnage dans le Thalys reliant Amsterdam à Paris dans la fin de journée du 21 août 2015. L'homme, longtemps domicilié en Espagne, avait été fiché S. Peu après, il avait été signalé en vol vers la Turquie. A cette occasion, les renseignements avaient découvert qu'il vivait désormais en Belgique.

Les auteurs des tueries du Bataclan et de Magnanville déjà connus 

Les trois hommes qui ont procédé à la tuerie du Bataclan le 13 novembre 2015 disposaient aussi d'un pedigree étoffé auprès des renseignements. Ismaël Omar Mostefaï était fiché S depuis 2010 et avait vécu en Syrie entre 2013 et 2014. Samy Amimour était recherché après avoir essayé de se rendre au Yémen, puis avoir été mis en examen en 2012 pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Astreint alors à un contrôle judiciaire, il avait pris la fuite vers la Syrie. Lui aussi fiché S, Foued Mohamed-Aggad était parti en Syrie avec son frère et des amis en décembre 2013. Il serait revenu en France au moyen de faux-papiers.

Larossi Abballa restera dans les mémoires comme l'assassin d'un couple de policiers à Magnanville dans les Yvelines, le 13 juin 2016. Il était également fiché S et avait été condamné en 2013, après son arrestation en 2011, pour avoir été impliqué dans une filière jihadiste entre le Pakistan et la France.

De Saint-Etienne-du-Rouvray à Trèbes, des futurs terroristes suivis 

Adel Kermiche et Abdelmalik Petitjean se sont associés pour tuer le père Jacques Hamel dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray le 26 juillet 2016. Aucun des deux n'était un étranger aux yeux des agents du renseignement. Le premier avait été mis en examen, incarcéré puis assigné à résidence pour avoir cherché par deux fois à aller en Syrie. Abdelmalik Petitjean avait été détecté en Turquie le 10 juin. Les Turcs avaient tardé à prévenir leurs collègues français. Ces derniers, sitôt avertis, avaient cependant établi une fiche S le concernant.

Le 20 avril 2017, Karim Cheurfi emportait la vie du policier Xavier Jugelé en menant un attentat aux Champs-Elysées. Depuis le mois de mars précédent, il faisait l'objet d'une enquête antiterroriste car il avait proclamé vouloir tuer des policiers. La procédure avait entraîné son arrestation mais, faute de preuve, il avait été remis en liberté. 

Enfin, Redouane Lakdim a tué plusieurs personnes, dont le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, le 23 mars dernier à Carcassonne et à Trèbes au cours d'attaques terroristes. Il était fiché S depuis 2014, et activement suivi par les renseignements en 2016. 

Robin Verner