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Manifestations: les policiers dénoncent des consignes trop tardives

Rassemblées dans 90 villes ce mercredi, les forces de l'ordre dénoncent les violences dont les fonctionnaires font l'objet depuis le début des manifestations contre la loi Travail. Ils regrettent également le manque de consignes claires quant à leur possibilité d'intervention.

Ils en ont ras-le-bol. Les policiers sont rassemblés ce mercredi dans 90 villes de France pour dénoncer ce qu'ils considèrent être de la haine contre leur profession. Depuis le 9 mars, les syndicats de policiers répertorient 300 policiers blessés dans les manifestations contre la loi Travail. Aujourd'hui, ils décident donc de manifester - les policiers n'ayant pas le droit de grève - pour réclamer plus de fermeté mais aussi plus de clarté quant aux décisions à prendre lors des interventions. 

Alors qu'ils notent une montée crescendo de la violence au fil des semaines, les policiers doivent faire face à des "casseurs professionnels". Nous avons à faire à des casseurs ultra organisés, qui anticipent, qui savent quand ils vont intervenir, où ils vont intervenir", décrit Fabien Vanhemelryck, le secrétaire général délégué du syndicat Alliance, a l'origine de l'appel à se rassembler. Des actes et une organisation des casseurs qui n'ont pas été prises en compte par les pouvoirs publics.

"Trop peu de CRS sur place pour barrer le boulevard"

"On est des pros, mais encore faut-il avoir les consignes pour intervenir", déplore-t-il. Sur le terrain, le représentant du syndicat rapporte des consignes qui ne seraient pas assez fermes de la part du ministère de l'Intérieur. "Au début des rassemblements, on les regardait se préparer, on les regardait casser du pavé, parfois pour se le prendre sur la tête, et au final, on nous demandait d’intervenir une fois qu’ils étaient prêts", explique le syndicaliste, appelant également à pouvoir faire "des interpellations préventives".

Une situation qui concernerait principalement Paris, notamment le 29 avril dernier boulevard Diderot. Au cours d'affrontement un policier a été grièvement blessé à la tête après avoir été atteint au visage par un pavé. "Ce jour-là, à cet endroit-là, il y avait trop peu de CRS sur place pour barrer le boulevard, cela a quand même été ordonné", déplore Nicolas Comte (Unité SGP Police FO). Autre exemple: les manifestations du 1er mai. Ce jour-là aussi, il raconte que des fonctionnaires de la BAC, qui n'ont pas reçu d'ordre d'interpellations, ont été déployés pour contrer des casseurs. Entre les deux camps se trouvaient des manifestants pacifiques.

"Nous reprochons une gestion et des ordres inadaptés", précise le syndicaliste du Unité SGP Police FO appelant à des "instructions claires" de la part des préfets.

Manoeuvre politique pour Cazeneuve

Autre critique policière: l'usage limité de certains moyens mis à la disposition des forces de l'ordre. Certains réclament la possibilité de recourir au tir de grenades lacrymogènes au fusil ou celui plus fréquent des canons à eau ou encore à Paris la possibilité d'utiliser les pistolets flashball. Si tous les syndicats s'accordent pour constater une évolution, "il a fallu attendre deux mois pour qu’on puisse intervenir et qu’on puisse dire ‘les casseurs, ça suffit’", rappelle Fabien Vanhemelryck, d'Alliance, syndicat proche de la droite.

De son côté, le ministre de l'Intérieur y voit avant tout une manoeuvre politique. "Je vois que certains qui ne peuvent pas nous mettre en cause sur le terrain des effectifs (...), qui ne peuvent pas nous mettre en cause sur le terrain des équipements des forces (...) laissent à entendre que nous ne donnons pas les instructions qui vont bien pour que la fermeté s'impose dans les manifestations", regrette Bernard Cazeneuve. "C'est un mensonge", martèle-t-il. 

"La police se doit d'être exemplaire"

Rappelant le principe de fermeté de l'Etat vis-à-vis des casseurs, l'usage proportionné de la force "car la police doit être exemplaire", notamment avec l'usage des gaz lacrymogène, et le respect des principes de droit concernant la liberté de manifestation, le ministre appelle à la "responsabilité". Depuis le début des manifestations, 1.300 individus ont été interpellés, 819 personnes ont été placées en garde à vue et 51 condamnations ont été prononcées, détaillaient encore, ce week-end, le ministre de l'Intérieur. 

A ces dernières doit s'ajouter celle de mardi. Un jeune homme a été condamné à six mois de prison ferme pour avoir jeté des pavés et des canettes sur des policiers samedi soir à Rennes. A Nantes, c'est un autre manifestant qui a été mis en examen pour "tentative de meurtre" sur un policier lors d'une manifestation qui s'est déroulée le 3 mai dernier.
Justine Chevalier