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Manifestation du 1er-Mai: journée cruciale pour la nouvelle doctrine de maintien de l'ordre

Les forces de l'ordre doivent être plus mobiles selon la nouvelle doctrine de maintien de l'ordre.

Les forces de l'ordre doivent être plus mobiles selon la nouvelle doctrine de maintien de l'ordre. - AFP

Les autorités s'attendent pour ce 1er-Mai à une manifestation à haut risque, avec une convergence des luttes dans les cortèges, dans lesquels pourraient s'infiltrer plus d'un millier de membres de black blocs. Après les violences de l'an passé et celles lors de nombreux rassemblements des gilets jaunes, cette édition 2019 sera un test en terme de maintien de l'ordre.

Les images de violences et de vandalisme contre le McDonald's et une concession automobile boulevard de l'Hôpital dans le XIIIe arrondissement de Paris avaient marqué le 1er-Mai 2018. Depuis le mois de novembre dernier, ce sont celles des échauffourées et des dégradations qui rythment les samedis de mobilisation des gilets jaunes. Les autorités ne veulent pas voir se reproduire ces scènes de violences, alors que ce nouveau 1er-Mai s'annonce à haut-risque, avec une convergence des luttes.

Entre 1.000 et 2.000 membres de black blocs sont attendus à Paris, dont une centaine en provenance de l'Allemagne, de l'Italie ou encore de l'Espagne. Les autres sont issus du "noyau dur", quelque 200 Parisiens, des black blocs de province et des gilets jaunes qui se sont radicalisés. "On s’attend à du monde et malheureusement du monde qui veut s’en prendre aux institutions, aux commerçants voire aux policiers", concède Frédéric Lagache, délégué général du syndicat Alliance Police nationale.

Changement de doctrine

Face à cette menace, au mois de décembre dernier, le gouvernement avait opéré un changement de doctrine de maintien de l'ordre. Plus de mobilité, plus de rapidité et plus de fermeté afin d'éviter de voir se reproduire les images de l'Arc de Triomphe saccagé. Mais les pillages du restaurant Le Fouquet's et des dizaines de magasins sur les Champs-Elysées le 16 mars dernier avaient entraîné le départ du préfet de police de Paris, Michel Delpuech, ainsi que celui du directeur de la Direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne. Le gouvernement évoquait alors des consignes de retenue données aux policiers.

Ce 1er-Mai va alors avoir valeur de test pour cette nouvelle doctrine, tandis que la venue attendue de 1.500 black blocs serait inédite dans le mouvement des gilets jaunes. Le dispositif de sécurité attendu est important, avec au moins 3.000 membres juste pour les forces mobiles là où il y en avait 1.500 au total l'an dernier. A ces milliers de forces mobiles s'ajouteront les effectifs des BAC (brigades anti-criminalité), des Compagnies de sécurisation et d'intervention, les BRAV, les Brigades de répression de l'action violente lancées le 23 mars dernier, et les policiers de la sécurité publique. Ce dispositif va être mis en place dès ce mardi soir 18 heures avec des contrôles dans les gares, les stations de métro et de RER. 

Dispositif renforcé

Dès mercredi 6h30, ce sont environ 300 policiers des transports qui vont procéder à des contrôles préventifs avec ouvertures de sac et bagages, avec une attention particulière aux passagers présents dans les trains en provenance de l'étranger. Sur les routes aussi la vigilance sera renforcée, avec des dispositifs de contrôle sur les véhicules et les cars en provenance de province et de l'étranger. Côté interpellations, environ 900 policiers seront déployés sur 27 sites de la capitale, notamment dans les grandes gares, avec pour objectif de contrôler les individus et les sacs ainsi que de détecter tout rassemblement susceptible de converger vers les points sensibles. Ils seront interpellés s'ils détiennent des objets dangereux ou pouvant être utilisés comme une arme.

"On peut imaginer que le nouveau dispositif de sécurité en a freiné certains ", espère un policier constatant la baisse des violences depuis quelques semaines.

Deux arrêtés préfectoraux ont été pris: un pour interdire tout cortège ou défilé sur les Champs-Elysées, autour de l'Elysée et de l'Assemblée nationale, ainsi que vers Notre-Dame-de-Paris. Un autre pour interdire le port d'arme dans les cortèges, ainsi que les objets destinés à dissimuler tout ou partie du visage. Un autre arrêté préfectoral a été pris pour demander la fermeture des commerces et restaurants tout le long du parcours allant de Montparnasse à place d'Italie. De nombreuses stations de métro seront également fermées à partir de mercredi 7 heures.

L'arsenal législatif a également été musclé ces dernières semaines avec l'adoption de la loi anti-casseurs. Les fouilles de sacs et de véhicules dans les manifestations et à ses abords sur réquisition du procureur sont autorisées. La dissimulation du visage lors d'une manifestation devient également un délit passible d'un an d'emprisonnement et de 15.000 euros d'amende.

Justine Chevalier