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Manifestant frappé à terre à Paris: policiers et témoins livrent leurs versions des faits

Deux enquêtes, l'une judiciaire et l'autre administrative, ont été ouvertes après qu'un policier a été filmé samedi en train de frapper au sol un manifestant, déjà maîtrisé au préalable. Syndicat policier et témoins de la scène en disent plus au sortir du week-end.

Trois vidéos ont beaucoup circulé depuis samedi et la nouvelle manifestation des gilets jaunes à Paris. Sur ces images captées aux abords de la gare de l'Est, on voit un manifestant, maîtrisé puis menotté, sur le dos puis sur le ventre, le visage ensanglanté. C'est la première de ces trois brèves séquences, surtout, qui a fait naître la controverse: on y voit le policier ayant immobilisé le manifestant le frapper avec son poing alors qu'il saigne et gît déjà à terre.

La version du syndicat policier Alliance 

Stanislas Gaudon, qui dirige le syndicat policier Alliance, a dénoncé une "vidéo sortie de son contexte" et appelé à ne "pas faire de procès d'intention", à "appliquer les règles du droit", posant: "Le temps des enquêtes n'est pas le temps médiatique et je veux croire qu'on ne cède pas à la pression." 

Sur notre antenne, il a avancé un récit des événements: "Il s’agit d’un individu qui n’était pas là pour manifester puisqu’il participait à ce qu’on appelle un attroupement armé à visage dissimulé." Selon nos éléments, recueillis auprès de sources policières, les faits sont survenus peu après qu'une partie du cortège a tenté de dévier du trajet convenu. Décrit comme ayant un "profil black block", et le visage dissimulé, le manifestant au centre du débat s'en est pris, toujours selon ces sources, à plusieurs reprises à des policiers, s'interposant par ailleurs à une interpellation.

Après que les forces de l'ordre ont commencé à procéder à sa propre arrestation, il a craché du sang au visage et dans la bouche du policier, assurant être séropositif. L'agent a depuis été emmené à l'hôpital pour y suivre une trithérapie. Selon nos informations, recueillies auprès d'une source proche du dossier, il a porté plainte - ainsi que deux de ses collègues - contre le manifestant pour violences volontaires.

L'interpellé conteste

"Lorsqu’il est décidé de procéder à son interpellation, cet individu fait un acte de rébellion en bonne et due forme", a affirmé devant nos caméras le secrétaire national d'Alliance. "Là, il a une plaie saignante notamment. Mon collègue décide de lui porter secours alors qu’il est allongé sur le dos non menotté. Et là, cet individu décide délibérément de cracher du sang au visage de mon collègue."

D'après Le Parisien, six policiers des compagnies de sécurisation et d'intervention s'étaient saisis de lui auparavant, le jetant bientôt au sol, un geste provoquant les saignements observés.

Comme nous l'avons appris dans l'après-midi par le biais de son avocat, le jeune homme interpellé, un étudiant âgé de 20 ans, se dit "en état de choc" et "abasourdi". Il conteste la version donnée par les forces de l'ordre, et affirme avoir été frappé avant et après le passage vidéo. Il réfute également être atteint du sida et avoir menacé les policiers de contamination en leur crachant dessus. Toujours d'après son conseil, quatre jours d'ITT lui ont été prescrits/

Le récit des témoins 

Les témoins de la scène se sont également exprimés, livrant un autre tableau des circonstances. "Tout à coup on a vu les CRS se mettre en rang et, pour une raison inconnue, ils ont commencé à charger", a relaté auprès d'Europe 1 Patricia, qui a filmé la première vidéo. A noter que l'auteur des coups n'appartient pas aux CRS selon nos informations, mais aux brigades de répression de l’action violente (Brav) motorisées. Selon Le Parisien, les hommes intervenus durant son interpellation relevaient des compagnies de sécurisation et d'intervention.

"A un moment donné, je me suis mise sur le côté (...) et j'ai vu là trois ou quatre CRS qui tiraient un jeune homme en sang, ça coulait énormément. Ils l'ont mis à terre, donc j'ai commencé à filmer. Quand ils l'ont mis à terre, le jeune homme s'est défendu parce qu'ils étaient plusieurs, donc ils l'ont attaché avec un serflex et le jeune homme ne pouvait plus se défendre parce qu'il avait les mains liées. Ils ont quand même mis des coups de poing au jeune homme alors que le jeune homme était sans défense. Il était à terre, il ne pouvait rien faire." Elle a en revanche déclaré qu'elle n'avait pas vu "ce qu'il s'était passé" auparavant.

Sylvie, témoin de la scène et interrogée par le quotidien francilien, est remontée quelques instants en amont: "Ils l'ont attrapé, mis au sol, (…) et lui ont donné des coups de poing dans le visage".

Le préfet veut faire toute la lumière sur cette affaire

Signe de la nature contestable ou répréhensible des coups portés par le policier, dès dimanche, moins de 24 heures après les faits, deux enquêtes étaient lancées: l'une, judiciaire, diligentée par le parquet de Paris pour violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique confiée à l'IGPN. L'autre, administrative, et ouverte par la Direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC), à la demande expresse du préfet de police de Paris, Didier Lallement, qui souhaite faire rapidement toute la lumière sur cette interpellation polémique.

Robin Verner