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"Ma fille est un héros": la mère de la fillette qui a dénoncé le chirurgien pédophile de Jonzac témoigne

Laura Temperault, la maman de la victime qui a dénoncé Joël Le Scouarnec.

Laura Temperault, la maman de la victime qui a dénoncé Joël Le Scouarnec. - BFMTV

Dans une semaine, Joël Le Scouarnec, chirurgien soupçonné de pédophilie pendant près de 30 ans, sera jugé pour des viols et agressions sexuelles sur quatre victimes. La mère de la victime qui a permis à l'affaire d'être révélée témoigne pour BFMTV.

"Ma fille est le héros de l'histoire", souffle Laura Temperault. Depuis près de trois ans, sa famille s'est retrouvée plongée dans l'affaire Le Scouarnec, du nom de ce chirurgien digestif soupçonné de 350 cas de pédophilie, après que sa fillette a dénoncé leur voisin de l'avoir agressée sexuellement et violée. C'était un jour d'avril 2017 quand elle se trouvait seule au fond du jardin familial, mitoyen de celui du médecin.

La fillette a parlé un jour où la famille rentrait de promenade. Les parents échangent quelques mots avec leur voisin, l'enfant insiste pour aller voir les photos prises pendant la sortie. Là, elle va révéler à son père que le chirurgien lui a montré son sexe. Plus tard dans la journée, interrogée par sa mère, la petite fille âgée alors 6 ans raconte, avec ses mots d'enfant, avoir été violée. Son petit frère de deux ans aurait également été victime de Joël Le Scouarnec.

"C’est ma fille qui nous a dit que Le Scouarnec lui avait demandé de le toucher, donc mon fils a touché le sexe de Le Scouarnec, s'énerve Laura Temperault. Quand j’ai voulu aller porter plainte à la gendarmerie pour ça, on m’a dit qu’il ne parlait pas donc ça allait être compliqué."

"Elle s'en rappellera toute sa vie"

Les révélations de l'enfant vont faire éclater l'affaire Le Scouarnec. En garde à vue, le chirurgien alors de 67 ans reconnaît l'agression sexuelle sur la fillette mais nie le viol, avéré par les expertises médicales. Il reconnaît également des faits sur deux de ses nièces lorsqu'elles étaient enfant et sur une petite patiente. Des faits pour lesquels il sera jugé à partir de vendredi et pour lesquels il encourt jusqu'à 20 ans de prison.

"Qu’il nie s’il veut, elle, elle s’en rappelle, elle vivra toute sa vie avec", réagit Laura Temperault, qui explique que le quotidien de son enfant a été bouleversé. "A l’école c’est compliqué, elle est beaucoup ailleurs, elle est beaucoup suivie (...) mais elle se bat tous les jours, elle est forte, elle est courageuse", poursuit-elle, évoquant une fillette devenue déjà adolescente. 

D'autres responsabilités

Après le procès, l'enquête se poursuivra alors qu'il est soupçonné d'avoir fait 350 victimes au long de sa carrière professionnelle, qui s'étale sur près de 30 ans. "Ma fille est le héros de l’histoire, c’est une petite fille de 6 ans qui a réussi à dénoncer le plus grand pédophile de France, la justice n'en a pas été capable, mais elle, elle a réussi", s'étonne Laura Temperault, alors que Joël le Scouarnec a été condamné en 2005 à 4 mois de prison avec sursis pour détention d'images pédopornographiques. 

"Ce n'est pas possible qu’une personne passe entre les mailles du filet pendant 30 ans", ajoute la mère de famille. 

C'est aussi la position de l'association L'Enfant Bleu, association de protection de l'enfance, qui s'est constituée partie civile dans ce dossier. Dénonçant une personnalité manipulatrice et dissimulatrice, les représentants pointent la responsabilité de la famille de Joël Le Scouarnec, et notamment son épouse et sa sœur, "qui n’ont jamais dénoncé les agissements de leur proche, bien qu’informées des faits". Ils dénoncent aussi la justice, qui n'a pas prononcé de mesures d'obligations de soins ou d'interdiction de contact avec des mineurs, mais également les autorités médicales, qui n'ont pris aucune sanction disciplinaire malgré le fait qu'elles aient été informées de la condamnation du médecin.

Justine Chevalier