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Lubrizol: d'après une expertise, l'incendie serait parti de l'usine et non de l'entreprise voisine

L'usine Lubrizol, à Rouen, le 18 septembre 2020.

L'usine Lubrizol, à Rouen, le 18 septembre 2020. - Lou BENOIST © 2019 AFP

Un peu plus d'un an après l'incendie qui a ravagé l'entreprise Lubrizol à Rouen, un premier rapport de la justice conclut à un probable départ de feu depuis les locaux de l'usine.

C'était un rapport vivement attendu par les habitants de Rouen. Un peu plus d'un an après l'incendie de l'entreprise Lubrizol, un rapport d'expertise sur l'incendie privilégie l'hypothèse d'un départ de feu depuis ce site Seveso, selon les conclusions du rapport dont BFMTV a eu connaissance.

Une origine "pas formellement localisée"

"L'origine de l'incendie n'a pu être précisément et formellement localisée. A ce stade (...) nous privilégions un départ au niveau du stock de produits finis longeant le mur mitoyen au nord-ouest du bâtiment T3 NL" c'est-à-dire Lubrizol, peut-on lire dans ces conclusions.

Par ailleurs, "la recherche d’accélérants (...) et plus généralement de composés volatils s’est révélée négative (...)", tout comme "la recherche de composés explosifs."

Cette expertise a été demandée par le parquet de Paris qui a ouvert une enquête à la suite de cet incendie hors norme survenu le 26 septembre 2019. Lors de ce dernier, près de 10.000 tonnes de produits chimiques ont brûlé, sur le site de Lubrizol et sur celui de son voisin Normandie Logistique.

L'enquête est menée depuis fin octobre par des juges d'instruction du pôle santé publique du tribunal de Paris. La direction de Lubrizol a affirmé à plusieurs reprises, y compris devant la commission d'enquête du Sénat sur le sinistre, qu'elle pensait que la "source de l'incendie se situait au dehors de" son site.

Une mauvaise manipulation?

De son côté Normandie Logistique avait répliqué qu'il était "quasi impossible" que le feu soit parti de ses propres locaux. Interrogé par BFMTV.com, l'avocat de l'entreprise Maître Christophe Boog, estime que ces conclusions "confortent ce que Normandie Logistique répète depuis le début de l'instruction".

Concernant la cause du sinistre, les experts envisagent "plusieurs hypothèses". Parmi elles, ils notent qu'il "ne peut être exclu de manière générale le cas d'une mauvaise manipulation ou action". Ces derniers ont noté "grâce aux enregistrements de vidéosurveillance", les "mouvements d'un engin de manutention dans l'environnement de la zone d'intérêt".

Ils précisent que "la détérioration accidentelle d'un conteneur, consécutive à une manoeuvre d'engin peut conduire à un départ de feu de son contenu".

"L'intervention humaine" envisagée dans cette hypothèse a pu être "soit fortuite soit délibérée", ajoutent-ils.

La piste de l'éclairage extérieur

Les experts envisagent aussi une cause technique, sans intervention humaine, "qui pourrait être liée à une source d'énergie située dans la zone d'intérêt". "Sur ce point la seule source d'énergie ayant pu être identifiée est l'éclairage extérieur", précisent les experts.

"Lubrizol examinera avec la plus grande attention l'intégralité du rapport d'expertise pour solliciter si nécessaire un complément d'expertise ou une contre-expertise", a commenté la société détenue par le milliardaire américain Warren Buffet dans un communiqué transmis ce lundi.

De son côté l'association Union des victimes de Lubrizol s'est dans un communiqué "félicitée de ces éclaircissements", même si l'heure n'est qu'aux "hypothèses". "Pollueurs/Payeur, il faudra payer lourdement (...) pour que plus jamais ça", a ajouté l'association.

"Nous réaffirmons qu'il est important que toute la lumière soit faite sur cette affaire. Nous regrettons que plus d'un an après l'incendie, nous en soyons encore à nous interroger sur les causes et origines de l'incendie, sans avoir encore à aucun moment examiné la question des effets de l'incendie sur les riverains", a déclaré Me François Lafforgue, avocat de la Fenvac, une association de victimes.
Esther Paolini et Rym Bey avec AFP